Les carnets d’Alice : comme un cheveu sur la soupe

Crédit photo : Marie-Eve Ross

Crédit photo : Marie-Eve Ross

C’est la nuit. Je suis à 36 semaines et quelques jours. J’ai crevé mes eaux.  En fait, nous ne sommes pas certains que c’est ça… Je dis à mon homme que si les contractions débutent, c’est signe que c’est là.  Les contractions débutent… Je passe de la rigolade quand il me parle de ma valise aux pleurs, car il est trop tôt.  Je ne veux pas accoucher en ce moment.  Je n’ai pas terminé de travailler, la chambre n’est pas prête, nous n’avons pas de couches, je ne suis pas reposée pour son arrivée…  Inquiète, j’appelle ma sage-femme.  Elle me propose de me rejoindre à la maison dans le but de valider le tout.  Je pleure, je suis inquiète…

On calcule les contractions, je suis à +/- 5 minutes.  Calme et détendue, ma sage-femme prend le temps de m’examiner et me confirme que j’accoucherai dans les prochaines heures.  Je pleure, je suis inquiète pour mon bébé.  On décide d’attendre à la maison que le travail avance question que je sois dans mon petit nid.  Vu le brouhaha, ma plus vieille se réveille et vient me rejoindre dans ma chambre.  Excitée du dénouement inattendu, elle ne veut pas retourner se coucher.  Elle écrit les minutes entre mes contractions sur un papier. Elle parle sans arrêt avec la sage-femme posant mille et une questions. Je suis maintenant calme ayant décidé d’accueillir cette petite fille qui est décidément pressée. 

Sans aucune évolution jusqu’au matin, la sage-femme me propose de la retrouver à la Maison des Naissances dès que ma fille sera à l’école.  Les contractions arrêtent complètement, il semblerait que c’est normal avec la levée du jour.  Mon col est à 2 cm seulement.  On a du lousse! En rigolant, nous passons à la pharmacie acheter des couches, nous arrêtons porter le chien et même se prendre un petit déjeuner sur la route. 

Arrivés à la Maison de Naissances, nous apprenons que nous ne pourrons pas y rester puisque mon accouchement est maintenant considéré comme prématuré.  Encore des larmes… Je dois faire le deuil d’accoucher entre ces murs. Ma sage-femme prépare sa valise et on se déplace à l’hôpital.

Crédit photo : Marie-Eve Ross

Crédit photo : Marie-Eve Ross

S’ensuit une routine pour provoquer le retour des contractions et favoriser le travail.  Un petit shooter d’herbes, stimulation des mamelons et marche rapide pour 10 minutes et on répète !  On répète, on répète… Rien, niet, nada! Il faut donc passer à l’autre étape, soit l’assistance médicale.  Encore des larmes… Encore un deuil…

Là, les contractions ont embarqué... Oulalalaaaaaaaaaa 5 heures de douleur à tenter de relaxer et de passer au travers.  On a tout tenté : assise sur un ballon, couchée sur le côté, respirer, gémir, points de pression.  J’ai 12 fois la dose normale qu’ils donnent pour provoquer les femmes.  Je suis brûlée, ça fait environ 19-20 heures que mes eaux ont crevé et je souffre.  La résidente vérifie mon col : 3 cm. 1 seul MINI centimètre depuis ce matin. 1 seul fichu centimètre.  Je suis en colère ! Je pleure de rage… Dans ma tête, je suis complètement décrochée, j’ai beau me parler, je commence à verbaliser mon mécontentement, mon découragement à mon entourage.  Grâce à mon homme et à ma sage-femme, je persiste dans la douleur.  Vers 23h, complètement « à boutte », je demande la péridurale.  Vous devinez? D’autres larmes, un autre deuil…

2 heures plus tard, je sens une poussée intense, ça y est, elle s’est décidée, elle veut sortir! Je pousse 3-4 fois et j’ai l’honneur de sortir cette merveille moi-même de mon ventre. Magique! Eh oui, des larmes, mais cette fois-ci, des larmes de bonheur…  Elle est vigoureuse et tout semble en place malgré sa prématurité. 

Crédit photo : Marie-Eve Ross

Crédit photo : Marie-Eve Ross

Tranquilles à regarder notre merveilleuse poulette, la sage-femme, mon homme et moi jasons des dernières 24 heures… Ouf que d’émotions… ouf, quelle aventure! Ce sera toute une histoire à lui raconter!

Article rédigé par Marie-Eve Ross
@linstitutrice