Le biberon, mon meilleur ami

Cette petite histoire c'est la mienne, la nôtre et possiblement la vôtre. Nul besoin de monter aux barricades, je suis loin d'être contre l'allaitement. Cependant, pour moi ce fut un véritable calvaire qu'il fait bon de partager occasionnellement. Toutes les réalités se valent, suffit simplement de les écouter.

Mon fils est né à 34 semaines. Un taux de sucre un peu faible qui lui a fait passer ses 4 premiers jours de vie avec un soluté sur sa petite main, mais sans plus. C'était mon premier bébé. Je me sentais fébrile, heureuse, inexpérimentée, mais prête. Un beau melting pot d'émotions dans le coeur d'une nouvelle maman.

Confidence du jour, je suis la propriétaire d'une poitrine généreuse. J'ai ce que l'on appelle communément, des grosses boules. D'emblée, comme la majorité des femmes de ma génération, j'ai opté pour l'allaitement. Je croyais, bien aveuglément, qu'avoir de gros seins voulait nécessairement dire être une mère nourricière exemplaire. Première erreur de nouvelle maman! Ne jamais supposer! Attendre, expérimenter et constater!

L'attente! Avec son soluté, mon fils ne ressentait pas le besoin de boire. Et comme il était très petit, 5.10 lbs, nous passions la majorité du temps à faire du peau à peau avec lui pour conserver sa chaleur. Je le mettais au sein aux trois heures, mais il ne tétait pas, ou si peu. « Ça viendra! » que me disaient les infirmières.

L'expérimentation! Entre temps, je me branchais sur le tire-lait électrique aux heures et demi pour stimuler ma montée de lait. Montée de lait qui, malgré toute ma bonne volonté, ne semblait pas coopérer. Au quatrième jour, lorsque mon fils n'a plus eu besoin de son soluté, nous avons véritablement mis la machine en marche. Nous avons tout essayé pour activer son désir de boire et par le fait même, ma montée laiteuse. À force de me traire aux heures et demi, je réussissais à produire un minimum de lait. Mais pas suffisamment pour nourrir mon bébé. À chaque 3 heures, jour et nuit, nous avions une routine d'allaitement. Nous travaillions en équipe mon conjoint et moi. Clairement, je n'étais pas la seule à allaiter à ce moment! Il travaillait autant que moi! Les étapes consistaient à :

1.   Mettre le bébé au sein et essayer de le faire téter.

2.   Lorsque cela ne fonctionnait pas, c'est-à-dire tout le temps, nous installions une téterelle sur mon sein pour favoriser la bonne prise du mamelon.

3.   Puisque cela ne marchait guère mieux, nous utilisions le lait que j'avais durement réussi à produire en le mettant dans une seringue au bout de laquelle nous mettions un petit tube que nous placions ensuite dans la bouche du bébé. De cette façon, il n'avait pas besoin de téter, simplement d'avaler.

4.   Mais comme mon lait n'était pas suffisant, nous poursuivions l'heure du lunch avec du lait en formule dans un petit cup, dans lequel nous faisions boire notre bébé comme un petit chat.

Le peu de lait que je réussissais à produire... Crédit photo : Véronique Désormeaux

Le peu de lait que je réussissais à produire...
Crédit photo : Véronique Désormeaux

Cette procédure prenait environ 1 h 30. Aux trois heures. Je me branchais sur la trayeuse aux heures heures et demi je vous le rappelle. J'avais toujours les boules à l'air. Je ne faisais que ça. Mon niveau de déprime et de culpabilité était à 15 sur une échelle de 10. Et entre temps, les infirmières, sérieusement toutes de très bonne volonté, venaient me montrer comment me positionner, me tâter, m'incliner. Bref, j'en étais à me dire que mes seins étaient dorénavant aussi privés que mes genoux.

Mon beau bébé d'amour continuait à perdre du poids. 4.9 lbs. Je capotais. Jour 6 de notre séjour à l'hôpital, une gentille conseillère en lactation, ultra-zen-un-brin-hippie-avec-une-bouche-grande-comme-ce-n'est-pas-permis est venue me rendre visite. Sa phrase d'entrée en matière m'a, comment dire, toute de suite charmée. (Sentez l'ironie.) Avec toute la zénitude et la lenteur du monde, elle m'a dit :

- Alors Véronique, quel est le problème avec tes seins?

Je suis restée sans voix. Le problème avec mes seins?! Si seulement je le savais, j'imagine que mon bébé ne pèserait pas 4.9 lbs en ce moment! Mais en bonne nouvelle maman que j'étais, je n'ai rien dit et j'ai écouté tous ses conseils. Nous avons donc poursuivi la routine d'allaitement.

Le lendemain, fiston avait pris un petit peu de poids! Yé! 5.1 lbs! Nous avons finalement eu notre congé de l'hôpital. Nous avons poursuivi notre routine à la maison et avons même loué une trayeuse électrique à la pharmacie. Bébé était un ange. Tranquille comme tout. Il dormait tout le temps. Au bout d'une semaine, l'infirmière du CLSC est venue nous rendre visite. Mauvaise nouvelle, fiston avait de nouveau perdu du poids. De toute évidence, je ne produisais pas suffisamment de lait et lui ne tétait toujours pas comme il le devait. À moins d'un revirement de situation, nous devrions retourner faire un autre séjour à l'hôpital.

Premier biberon : un succès instantané. Crédit photo : Véronique Désormeaux

Premier biberon : un succès instantané.
Crédit photo : Véronique Désormeaux

Constatation! C'est à ce moment là, les seins à l'air dans mon salon, une infirmière me tâtant pour voir si le lait pouvait sortir aisément, que j'ai décidé de lâcher prise. Oui j'aurais pu continuer et peut-être qu'au bout de quelques mois j'aurais été épanouie et heureuse et mon fils aurait été en pleine santé. Mais j'ai choisi d'être heureuse et épanouie dans le moment présent et d'éviter à mon fils un retour à l'hôpital et un nouveau soluté. J'ai choisi de donner le biberon. Ma première vraie décision de mère. Je ne l'ai jamais regretté.

Le biberon permet de déléguer. Crédit photo : Véronique Désormeaux

Le biberon permet de déléguer.
Crédit photo : Véronique Désormeaux

2 ans plus tard, lorsque j'ai accouché de ma poulette, je n'avais pas vraiment envie de tenter ma chance une seconde fois avec l'allaitement. Malgré tout, lorsqu'ils l'ont déposé sur moi, j'ai encore ressenti un petit appel de mon ancienne copine la culpabilité. Alors j'ai essayé. 15 minutes. Seulement 15 minutes ont été nécessaires à  ma fille pour littéralement m'arracher le mamelon. Cette nouvelle petite boule de vie avait tellement faim et moi tellement pas de lait à lui offrir, que par sa succion, elle m'a arraché le mamelon. Je vous évite les détails supplémentaires. L'infirmière en chef de la maternité n'avait jamais vu ça. Aie-je besoin de vous confirmer que j'ai choisi le biberon une nouvelle fois?

En décembre prochain, je donnerai la vie pour la troisième fois. Au yable la culpabilité! Mes biberons sont déjà achetés!

Le lâchez-prise a parfois du bon mesdames! Il faut simplement vous écouter, vous accepter et vous apprécier. Peu importe que vous choisissiez le sein ou le biberon, l'important c'est que vous soyez heureuse et en paix avec votre décision. Ce choix n'enlève rien à personne et ne définit aucune mère. Nous sommes toutes exemplaires, à notre façon!  

Article rédigé par Véronique Désormeaux