Pénurie d’enseignants: j’adopte un groupe

Ils sont les où les profs, ils sont où?

 

Cette année à l’école nous vivons la réalité de plusieurs autres écoles du Québec. Le manque de prof se fait vraiment sentir en ce beau début d’année.

 

Il reste des tâches à combler, dont une tâche en enseignement des langues secondes.

 

Un boute de tâche comme on dit (plusieurs planifications, différents niveaux et aucun local attitré).

 

La tâche restante, jusqu’à un peu plus tôt cette semaine, n’avait pas attirée mon attention.

 

Je concentrais tous mes efforts à planifier mes premiers cours destinés à des élèves de secondaire 2. Ce niveau est tout nouveau pour moi et je dois être prête dès leur arrivée.

 

Lors de la première journée de cours, je réalise que parmi les groupes orphelins de la tâche d’anglais, il y a le groupe 500.

 

Le groupe 500 est composé d’élèves de secondaire 5, dont plusieurs qui ont des difficultés majeures en anglais.

 

L’anglais de secondaire 5 est une matière à sanction. Pas d’anglais de secondaire 5, pas de diplôme.

 

Shit. Ils sont dans le caca ces jeunes-là.

 

J’ai donc une vision cauchemardesque de l’année scolaire. J’imagine le 500 qui n’a pas de prof. J’imagine le 500 vivant dans l’instabilité et l’incertitude. J’imagine les élèves anxieux, les TDA, les doués, les rebelles et tous les autres faire la fête aux suppléants. Je vois les suppléants quitter en courant…et ne jamais revenir.

 

Bref, je les vois orphelins et ça me brise le coeur .

 

Toutefois, je vois du positif. Il y a une lueur d’espoir.

 

Je les connais très bien ces jeunes-là. Je leur ai enseigné en secondaire 3.

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Je prends donc mon horaire et je le compare avec celui du groupe en question. Le groupe pourrait fonctionner dans mon horaire.

 

J’ai un moment doute. Je me demande si je dois me lancer. Je me demande si ça serait possible de les adopter.

 

Bien sûr, je n’ajouterai pas ce groupe comme ça en criant ciseau. Je ne veux pas me surcharger. Ce n’est pas mieux si en plein milieu de l’année, je pète ma coche et disparais en congé de maladie.

 

J’entame alors des démarches pour les adopter.

 

Je dois par contre abandonner un autre groupe. Ça me fait de la peine de laisser tomber le groupe de secondaire 2, mais dans une situation de pénurie d’enseignants je dois prioriser.

 

Je me console en me disant qu’ils sont plus jeunes, qu’ils ne me connaissent pas vraiment et ils sont à mon avis capables de s’adapter plus rapidement au changement. C’est un groupe d’élèves très forts en anglais. Beaucoup plus facile à gérer pour un nouvel enseignant…ou même un stagiaire.

 

Le groupe 500 quant à lui, un moindre changement survient et BOOM! Le bordel pogne! Ce sont des jeunes sensibles et l’instabilité pourrait vraiment en faire échouer plusieurs.

 

Bye bye le diplôme…bonjour les problèmes.

 

Pis quand le bordel pogne dans un groupe de secondaire 5…tu ne veux pas voir ça. Leur anxiété est souvent transformée en hostilité envers l’adulte responsable. Ils ne sont pas méchants. Ils sont anxieux. Ils veulent une stabilité, un adulte en qui ils peuvent avoir confiance.

 

Les suppléants font un travail extraordinaire. Toutefois, trop de suppléants dans l’année dans un même groupe; c’est loin d’être une solution.

 

Enfin, après la cloche de la première période, j’entends mon nom dans l’interphone de l’école.

 

Je suis fébrile…est-ce que ma demande d’adoption est acceptée? Je dévale les escaliers à toute vitesse. Je cours dans le long couloir menant au secrétariat. Je me faufile entre les élèves qui se rendent à leurs casiers.

 

J’arrive enfin au secrétariat. Le regard de la directrice adjointe en dit long. Son sourire est frappant. Ses yeux brillent et mon coeur bat très vite.

 

Le 500 n’est plus orphelin.

 

Je suis la prof du 500 pour toute l’année.

 

Article rédigé par Laurence A Lavigne

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