En mode survie

Être en mode survie, vous connaissez ? On est parfois en mode survie au travail lorsque tout se bouscule et qu’on n’a pas le temps de souffler. Pour moi, le mode survie, c’est à la maison qu’il « s’allume ». Une semaine sur deux, dès que je récupère ma poulette au service de garde, le bouton se met à « survivre » et je passe en mode gestion de crise. 

Non, je ne suis pas une mère à boutte. Je suis une mère qui tente, tant bien que mal, d’élever sa progéniture tout en survivant aux désordres neurologiques de l’un d’entre eux. Parce qu’au-delà de son TDAH +++ avec néons clignotant nuit et jour, au-delà de son impulsivité X 1 000 000…ma puce adorée vit avec un trouble d’opposition avec provocation (aussi connu sous le nom de TOP). C’est comme si dans son cas, le Terrible Two et le Effing Four ne nous avaient jamais quittés !

Mais clarifions les choses voulez-vous? Selon le CENOP, le TOP est un trouble neuropsychiatrique ayant des marqueurs génétiques et neurobiologiques qui se manifestent dès la petite enfance. C’est normal pour un enfant de s’opposer mais en temps normal, cela s’estompe avec le temps. Un enfant TOP lui, il s’oppose à tout, tout le temps, avec tout l’monde. La gestion émotive est difficile. Très difficile. Et si c’est difficile pour moi, imaginez ce que ça peut être pour elle !

Alors voilà, ma magnifique 8-ans-je-sais-tout-maman, elle a un TOP. Un TOP qui se manifeste avec moi, avec son prof, avec papa…avec chaque personne qui est en position d’autorité avec elle. Même l’ado qui garde parfois y goûte ! Pour elle, ça a commencé très tôt, je me souviens d’ailleurs d’une magistrale colère qu’elle a faite à l’âge de deux ans alors qu’on ne voulait pas lui laisser l’iPad. Maintenant qu’elle a 8 ans, les crises de ce genre n’existent plus…mais le reste…ouff.

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 Mon mode survie, je le vis une semaine sur deux. Étant séparée, j’ai mes enfants en garde partagée et bien que j’éprouve une certaine culpabilité à admettre ce qui suit, c’est fort possiblement une des choses qui me permet de survivre. À la fin de ma semaine avec eux, je suis vidée, drainée, sur les genoux…épuisée. Chaque jour comporte son lot de défis…je tente de les prendre un à la fois. Pour vous illustrer son TOP, voici une petite anecdote…Poulette adorée décide qu’au casse-croûte elle veut des spaghettis. Ben y en a pas des spag à la roulotte à patates…ce qui donne lieu à une « crise » de je-ne-mange-rien-alors-maman…ma poulette (qui je vous répète est la plus belle, la meilleure, la plus toute) décide de se poster à-côté des poubelles et de bouder. Maman-mode-survie passe commander, ne prend rien pour fistounette et part s’asseoir pour manger.

Je me suis mordue la lèvre pour ne pas pleurer toutes les larmes de mon corps. Pas parce que j’ai honte d’elle, je sais qu’elle n’a pas le contrôle sur ce genre de comportement (pour le moment). J’aurais pleuré ma vie pour ELLE…parce qu’elle n’est pas bien, parce qu’elle est malheureuse…ça me brise le cœur…et à ça, je dois survivre !

Mon mode survie…ce n’est pas tant de survivre à ma fille, c’est de survivre au fait que plusieurs personnes croient qu’elle est « mal élevée », c’est de survivre au fait que malgré toute sa bonne volonté, un grand nombre d’adultes qu’elle côtoie la considèrent comme une enfant « difficile ». Je dois survivre au fait que malgré ma bonne volonté à aider ces adultes à « gérer » ma fille, plusieurs d’entre eux ne chercheront jamais à vraiment comprendre et à l’aider, quitte à la laisser se noyer dans le système.

Nage ma poulette…parce que toi, tu ne vas pas juste flotter à travers la vie…tu vas nager à contre-courant, mais tu vas en ressortir plus forte! 

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Article et photos par Stéphanie Powers

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