Quand maman est en peine d'amour

Survivre quand on a le cœur brisé et plus d’un cœur à réparer

J’aurais certainement préféré ne pas ressentir le besoin d’écrire ce texte. La douleur est là, quoique moins vive. Et mes filles commencent à l’oublier. Mais vivre une peine d’amour quand on a des enfants, oui, c’est bien différent. J’ai la douleur de perdre quelqu’un que j’aime, mais en plus, j’ai deux petites puces qui étaient très attachées à cette nouvelle personne dans notre vie.

Malgré mes nombreuses recherches, je n’ai rien trouvé sur le sujet. Je ne suis pourtant pas la première maman à vivre un chagrin d’amour ! Je ne dis pas que c’est plus difficile lorsqu’on a des enfants. Mais c’est qu’en plus de panser mon cœur, je dois réparer ceux de mes filles qui se demandent pourquoi il ne vient pas souper, ce soir, ou pourquoi on ne peut pas l’inviter au parc demain. C’est de voir leurs yeux s’illuminer quand elles aperçoivent le même modèle que sa voiture, au loin. Et de ne pas savoir quoi leur répondre quand elles croient qu’il ne revient pas, car elles ont fait quelque chose de mal. J’ai par moments de la difficulté à gérer ma propre tristesse, alors avec celle de mes filles, je suis, la plupart du temps, complètement désemparée. Quand maman a un nouveau conjoint ou papa, une nouvelle conjointe, quelques fois ça se passe mal. Ça peut aussi bien se passer et nous, c’était ça. Mes filles adoraient mon nouvel amoureux depuis que papa et maman « n’étaient plus des amoureux ».

Dr Marc Pistorio, psychologue et médiateur familial, conseille ceci :

« Entrer en relation amoureuse, c’est accepter de faire un voyage dont on ne connaît jamais les étapes, la dureté des embûches autant que la beauté des découvertes insoupçonnées. Parfois, pour des raisons obscures, conscientes ou inconscientes, l’autre, l’amoureux en qui des espoirs de vie heureuse étaient fondés, choisit de poursuivre seul sa route. Tel est son choix, telle est sa limite, il s’agit de l’accepter, malgré les questionnements, l’incompréhension, la douleur et les idées de reconquête qui mobilisent. On ne réussit vraiment une vie à deux que lorsque chacun s’engage dans la relation dans le dévoilement émotionnel, avec amour, transparence, intégrité et sans retenue.

Et si les enfants ont été introduits dans cette relation, il serait bienveillant de dissiper rapidement les confusions. Il serait bon de répondre en toute honnêteté à leurs remarques et à leurs incompréhensions, à la mesure de leur âge, avec des mots à leur portée. Il faut leur dire la vérité selon laquelle le couple n’est plus parce que les partenaires ne sont plus amoureux. Le discours sera bref et simplifié pour les plus petits, plus élaboré avec les plus grands (sans jamais entrer dans les détails liés à l’intimité), et cet échange aura dans tous les cas un seul objet : celui de déculpabiliser les enfants pour leur laisser entendre hors de tout doute qu’en aucun cas ils ne sont responsables de cette séparation et que rien de ce qu’ils pourraient faire ou dire ne peut changer la réalité. Il ne leur appartient pas de porter la charge de la peine de leur mère. Par contre, elle est bien là, présente à eux, pour leur montrer comment faire pour gérer les tristesses des séparations et pour les légitimer sans les éviter, car les deuils font aussi partie de la vie (une relation amoureuse, une amitié, un projet, etc.). Dans cette période de transition, il est tout à fait possible de montrer aux enfants sa tristesse et de la nommer, pour qu’ils se sentent libres de vivre aussi leur peine. Il est essentiel de les rassurer que maman s’occupe bien d’elle-même et qu’ils n’ont pas à s’inquiéter. Dans les moments difficiles, le soutien social d’un entourage bienveillant est souhaitable; surtout, ne pas s’isoler à l’excès. Le deuil d’une relation amoureuse peut durer plusieurs mois et si malgré le temps qui s’écoule la douleur et la tristesse ne s’amenuisent pas, il faudrait alors considérer consulter un psychologue. »

Je me suis entourée de bonnes amies, qui ne me jugent pas, qui sont toujours là quand j’ai un trop-plein d’émotions à évacuer. Bien s’entourer, prendre le temps de mettre en mots ce qui nous fait si mal. Dans mon cas, c’est un manque d’explications et une coupure de ponts sans au revoir à mes enfants qui m’ont le plus affectée. Après le pardon – il faut bien avancer – j’ai décidé de profiter de l’occasion pour entretenir mes amitiés. De faire du bien aux autres apaise ma douleur. Alors je tente d’être la meilleure amie et maman qui soit, en plus de travailler sur moi.

On fait tous des erreurs, on vit tous des échecs, mais je suis profondément convaincue que le temps reste (et sera toujours) le meilleur allié pour panser les blessures du cœur.

Article rédigé par Cynthia Côté