Mon fils est un BABI (Bébé Aux Besoins Intenses)

Se sentir seule. Quand on est maman, nouvellement maman et qu’on rentre à la maison avec notre petit trésor, c’est tout un bouleversement, toute une vie que nous devons apprivoiser. Un petit être tout fragile, si petit, qui change tout. Il arrive que tout coule : on s’adapte au même rythme, on se comprend. Il arrive aussi cependant que ce ne soit pas le cas, que la nouvelle vie prenne du temps pour s’installer, que la maternité ne soit pas toujours aussi douce et paisible que ce que l’on a pu imaginer en feuilletant des revues et en regardant des photos de bébés souriants ou paisiblement endormis. 

Mon fils a pleuré. Beaucoup pleuré. C’était un « bébé à bras », un enfant « difficile ». Il dormait par petites séquences, dans mes bras la plupart du temps et souvent inconsolable. Ce n’est pas un enfant malade. Ni un enfant différent. Mais il pleurait. Il était (et l’est encore) extrêmement exigeant : il a une curiosité insatiable, une solide soif d’apprendre, un besoin de stimulation immense. Mais il se sent envahi quand il y a trop de monde et déteste quand il y a trop de bruit. Il adorait la compagnie des autres enfants, mais jouait à distance.

Je savais qu’il allait bien, qu’il était correct. Mais je trouvais ça tellement épuisant et j’étais gênée de sortir, puisque je n’étais pas toujours certaine de pouvoir le consoler. Quelle honte pour moi, alors que selon certaines de mes lectures, la voix de la maman à elle seule peut calmer bébé ! J’étais gênée de dire qu’il ne faisait pas ses nuits (même passer 1 an… 2 ans… 3 ans…) J’étais gênée de dire que parfois je le mettais au sein juste pour avoir un cinq minutes de pause. J’étais gênée de dire qu’il pleurait. Tout le temps. Après tout, un bébé, ça pleure !

Ça ne m’a pas empêchée de lui donner deux petites sœurs. Il a vieilli. Il a appris à parler, à demander, à exprimer son besoin ou son inconfort. Il a appris à marcher et à grimper pour répondre lui-même à son besoin. Ce n’est pas terminé, mais on a développé des trucs, des moyens, des habitudes.

Puis, cet été, j’ai lu cet article dans La Presse Plus . Et j’ai compris. J’ai compris que je n’étais pas seule. Que mon fils avait bel et bien une étiquette, celle de BABI, qui n’a aucune complication autre que d’être exigeant. Et qu’il y a d’autres BABI comme lui. J’ignore pourquoi je n’ai pas connu ces quatre lettres plus tôt. J’ignore pourquoi j’étais si gênée d’en parler, alors que, peut-être, on m’aurait parlé des BABI et j’aurais compris bien avant. Et je ne me serais pas sentie si seule durant toutes ces années.

En même temps, ça m’a soulagée. Soulagée de constater que j’avais fait du bon boulot avec ce petit bout d’homme ! Instinctivement, j’ai fait ce que je pouvais faire de mieux : du portage, de la patience et des trésors d’idées de stimulation. Moi qui tout ce temps, remettais mes capacités parentales en cause, me demandant si je ne l’avais pas « pourri »... 

Article rédigé par Catherine Galarneau