Le jour où j’ai failli te perdre

Je n’étais pas là ce matin-là. Pour une des rares fois dans ma vie de maman, j’avais « découché ». Quand je suis revenue, c’est la première chose que ta soeur m’a racontée. 

C’était arrivé il y avait quelques heures à peine, ce matin-là. Papa t’avait donné un truc à manger. Ce n’était pas la première fois que tu mangeais ça. Il n’y avait jamais eu de souci. Mais là, pour une raison inconnue, ça ne s’est pas passé comme d’habitude. Ça a pris une bouchée. Juste le temps que papa retourne s’assoir à la table pour continuer à lire son journal. À peine assis, il a entendu un drôle de bruit. LE drôle de bruit qu’on redoute tous d’entendre quand on est parent. 

Il a levé les yeux vers toi. Juste à temps pour te voir, les mains au cou, les lèvres déjà bleuissantes. 

Il n’a pas niaisé. Il s’est précipité sur toi, pour tenter de déloger ce morceau de ta gorge. Il t’a « barouettée ». La tête en bas, quelques claques bien placées dans ton dos:  allez, recrache bébé! 

Rien à faire.

Il faut que je te dise, tu t’es étouffée au bon moment. Dans le sens que ton père venait juste de suivre la mise à jour de son cours de secourisme. C’était on ne peut plus frais dans sa mémoire!

Voyant que les claques ne suffisaient pas, voyant qu’il ne parvenait pas à déloger ce qui t’obstruait avec son doigt, il a utilisé la manoeuvre de Heïmlich. On l’appelle aussi la méthode du « J ». Parce que c’est ce que tu dois faire; placé derrière la personne étouffée, tu serres les poings ensemble et tu fais un geste de « J », avec suffisamment de pression pour que ce qui bloque l’oesophage soit projeté hors de la bouche. 

Il était temps que ça fonctionne. Il fallait que tu sois ok. 

Et ça a marché.

Au premier essai, tu t’es mise à vomir, signe que ça passait quand même un peu. Mais ce n’était pas suffisant pour que tu recommences à respirer. Juste suffisant pour garder espoir et ne pas trop paniquer. 

La deuxième fois, tu as tout expulsé et tu as recommencé à respirer. Tu as repris des couleurs. Tu avais un air un peu hébété, ne comprenant pas trop ce qui venait de se passer, probablement. 

L’adrénaline dans le tapis, ton père venait de te sauver la vie.

Je n’ose imaginer si tu avais été un peu plus loin, ou sur un autre étage. Ou si Papa était allé aux toilettes. Ou s’il y avait eu trop de bruit pour qu’il t’entende t’étouffer. Parce qu’on s’entend, ça ne fait pas tant de bruit que ça quand ça ne tousse pas!

Je n’étais pas là ce matin-là. Je suis presque contente de ne pas avoir assisté à ça; ton petit corps qui pirouette d’un bord à l’autre, tes lèvres bleues… J’en ai assez d’imaginer tes beaux yeux bleus arrondis par la peur… Et puis, je n’aurais rien pu faire de plus. 

Ton père t’a sauvé la vie. 

Ce jour-là, je ne t’ai pas perdue.

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Article et photos par Catherine Galarneau

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