Quand la vie bascule

Cette date restera à jamais gravée dans ma mémoire.

Le 4 janvier 2019.

Le jour où ma vie a littéralement basculé.

Vous savez, ce fameux « auto-examen des seins » qu’on nous recommande fortement de faire régulièrement nous-mêmes? Je n’y croyais pas trop. Je ne suis pas médecin, comment pouvais-je savoir ce qui est normal de ce qui ne l’est pas? Le concept m’apparaissait si abstrait. Sans rien de régulier ni de concret, je me vouais tout de même à l’exercice, occasionnellement, quand une bulle me passait dans la tête.

Le 4 janvier 2019.

J’ai compris la différence. J’ai senti cette masse, petite, mais suffisamment grande pour sonner une cloche dans ma tête. Semer un doute, une inquiétude.

Le lendemain matin, mon conjoint confirmait qu’il palpait aussi quelque chose de particulier, sans trop savoir si nous étions dans l’erreur ou pas.

J’ai pris rendez-vous avec mon médecin, avec l’idée en tête qu’il allait me regarder droit dans les yeux et me dire « Voyons madame, ce n’est absolument rien, simplement un peu d’hormones qui se manifestent ainsi. Ne vous inquiétez pas. »Mais ce ne fut pas le cas. Le médecin a aussi palpé la masse. M’a référé pour une échographie et une mammographie.

Jusque-là, l’inquiétude n’était pas dissipée, mais elle était toujours gérable. 

Le 10 janvier, je me suis donc présentée pour la mammographie, suivie de l’échographie. À ce dernier examen, je voyais l’écran. J’ai vu la masse, noire, bien présente. J’ai aussi vu les ganglions, aussi noirs que la masse précédente. J’ai su. À ce moment, mes larmes ont coulé, bien qu’on ne confirmait rien, je savais. L’instinct ne ment pas. Le doute n’existait plus dans ma tête. On m’a alors référé pour une biopsie. 

Le 14 janvier, la biopsie avait lieu. Cet examen allait déterminer la nature de la masse. À côté de moi dans la salle d’attente, pour le même examen, une vieille dame attendait aussi son tour, accompagnée de son fils, de l’âge de mon père. La maladie n’a pas d’âge, je le sais bien, mais l’image m’a frappée de plein fouet. Qu’est-ce qui m’arrivait?

Le 22 janvier, mon médecin m’a appelé, il souhaitait me rencontrer. Un médecin, ne nous fait pas venir à son bureau, en dehors des heures d’ouverture, alors même qu’il n’y a pas de réceptionniste, pour nous dire que tout va bien. C’est pour moi une évidence. Il a alors confirmé que le cancer avait bien décidé de prendre place dans mon corps, dans ma vie. Avec toute la douceur, la délicatesse et l’empathie possible, il m’a expliqué, puis il m’a référé pour une chirurgie.

Le 24 janvier (si vous suivez les dates, c’est tout juste 20 jours qui se sont écoulés), j’ai rencontré mon chirurgien. Je devais être opérée rapidement, on ne fait pas attendre un cancer. Le cancer, on veut s’en débarrasser rapidement et ensuite, mettre tout en œuvre pour qu’il ne revienne pas. La date fut fixée, le 1er février, j’allais être opérée. S’ensuivrait la convalescence et ensuite, les traitements de chimiothérapie et de radiothérapie, on ne s’en sauverait pas.

Depuis ce temps, ma vie est sur pause. Je ne travaille plus. Je ne m’entraine plus. Je ne fais actuellement aucun projet et je ne réserve aucune activité. J’ai l’impression d’être sur un tapis roulant (vous savez, comme ceux à l’aéroport…), d’avancer, parallèlement au reste du monde. 

Il y a des journées où je me sens forte, où je me dis que ça va aller, que c’est une mauvaise année à passer et qu’ensuite, je pourrai reprendre le contrôle sur ma vie. Mais il y a aussi les journées où je ne veux parler à personne, où j’en veux à la terre entière, oùù je me demande ce que j’ai ben pu faire au « Bon Dieu » pour mériter ça. Et je n’ai pas de réponse. Il y a ces journées où l’angoisse et la panique prennent le dessus et où j’ai l’impression de manquer d’air, d’avoir le souffle coupé. Mais j’ai la chance d’être extrêmement bien entourée, ma famille et mes amies jouent un rôle primordial dans ma vie actuellement.

Je sais que la suite ne sera pas facile ni rose comme le beau ruban qui symbolise la cause. Mais regarder droit devant n’est pas une option, c’est la SEULE  possibilité. Pour moi, ce n’est pas signe de force, c’est simplement une évidence.

Je ne suis pas le genre de personne qui donne des conseils et qui « parle par expérience », mais à vous, femmes, mères, amies, cousines, sœurs, je ne vous en ferai qu’un seul : faites votre auto-examen et suivez votre instinct. Je vous assure, vous saurez si vous palpez un truc anormal. Pour moi, cet auto-examen est la preuve même que l’on peut s’aider et probablement même, se sauver la vie.

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Article rédigé par Marie-Claude Larivière

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