Mon premier Noël sans vous

Je devais me rendre à l'évidence : ça ne pouvait pas durer. Malgré mes efforts pour tenir les morceaux, notre famille a éclaté, aussi bien l'accepter. Y'a rien à rafistoler : tu prends tes morceaux, je prends les miens. On n'a qu'à construire nos vies chacun de notre côté maintenant. 

Les jours passent. La confiance tremblote comme ma voix qui vous répond que « ça va aller, maman est là ». C'est fragile et c'est éphémère le bonheur quand on se scinde, des électros aux coeurs en morceaux. 

J'ai travaillé. Fort. Tous les jours. Pour être encore plus là qu'avant. Afin que rien ne puisse vous atteindre. Afin d'étouffer ma peine. J'ai patché les peurs et rafistolé des coeurs. J'ai lu à en perdre la raison et des nuits de sommeil. J'ai dévalisé la librairie du coin pour trouver un mot, une phrase, qui apaiserait ma culpabilité. Ça fait deux ans. J'en n'ai jamais trouvé. 

Je vous ai fait des promesses que je m'ordonne de tenir. Je multiplie les heures de travail les soirs et les nuits. Je veux vous montrer que c'est possible. J'ai fait passer tous vos désirs avant les miens et j'ai pleuré d'épuisement en épluchant mes pommes de terre. 

C'est décembre. Depuis quelques jours. J'ai sorti les décorations de notre ancienne maison. Le sapin qui perd ses aiguilles et qui était une source de conflits inépuisable année après année avec votre père. J'ai accroché une à une les jolies babioles que vous avez bricolées au fil des années. Les boules roses et brillantes que nous avons achetées ensemble. Et je pense à vous. 

Et le 24 arrive. Il fait beau. Il fait doux. Les gros flocons enveloppent le quartier que nous avons fini par adopter. Vous êtes excitées comme c'est pas possible. Mais pas moi. Pas cette année. Je ravale mes larmes et je m'étouffe doucement avec ma peine. Je vous prépare mes belles : je frise vos cheveux comme vous aimez que je le fasse et je vous mets vos belles robes brillantes, celles qu'on a choisies avec soin au magasin. Vous êtes tellement belles.

Et ça cogne à la porte. Papa vient vous chercher. 

Et je vous mets vos petits manteaux en vous respirant le petit cou tellement fort pour ne pas perdre une seconde de vous. Je pourrai me rappeler cet instant ce soir. 

Car je passerai mon premier Noël sans vous. 

*Une pensée pour tous les parents séparés qui vivent cette situation. Fort heureusement, ce n'est pas mon cas. Lâchez pas! Comme je dis toujours, Noël ce n'est pas sur le calendrier, c'est dans le coeur que ça se passe. xox

Article rédigé par Cynthia Côté