Une matinée remplie d'émotions

Comme mère, avez-vous déjà vécu une situation avec vos enfants où vous avez eu un nœud dans l’estomac et que vous n’étiez pas certaine ? Moi, oui. Hier.

Mon fils à des caries, il en a même plusieurs. Étant donné que ces dernières sont profondes, et qu’il n’aime pas (vraiment pas) aller chez le dentiste, celui-ci nous a conseillé d’en consulter un qui ne traite que les enfants. Hier, nous avions donc rendez-vous avec le spécialiste.

Suis-je une mère poule ? Oui. Est-ce que j’appréhendais le rendez-vous ? Oui. Tout de même, j’étais positive et sûre que tout se passerait bien. Je vous le dis, j’étais assez convaincante. Jusqu’au moment où j’ai ouvert la porte du bureau, et que là, instantanément, mon estomac s’est noué de façon vraiment très serrée. Il se resserrait sans cesse. J’ai vraiment eu mal et j’étais très incertaine.

Est-ce la mère poule en moi qui capotait ?
Est-ce que c’est ma tête qui me jouait des tours ?

Je ne savais pas. Alors, j’ai persévéré.

Je vais être très franche, l’accueil m’a surprise. Je m’attendais à voir quelqu’un de jovial (nous étions tout de même dans un endroit qui traite seulement les jeunes). Eh bien non ! C’était un accueil respectueux, rigoureux et professionnel. Honnêtement, la façon dont on a parlé à mon fils laissait un goût amer dans ma bouche.

J’ai pris de grandes respirations et j’ai, à nouveau, persévéré.

Le dentiste arrive. Il semblait également avoir une approche professionnelle, et, lui non plus, n’avait pas vraiment la bonne approche avec mon garçon. Je commençais à paniquer. En discutant avec lui – mon garçon m’attendait dans une salle de jeu sombre contenant peu de jouets –, j’ai réalisé que le courant ne passait pas. Incapable de rester silencieuse, je lui ai parlé gentiment et respectueusement de mes craintes. Nous avons terminé la discussion sur une bonne note, et j’ai emmené mon fils dans sa salle d’examen. Lorsque je me suis rassise dans la salle d’attente après l’avoir laissé seul, mes yeux se sont remplis d’eau, j’ai tout fait pour retenir mes larmes. Je ne comprenais pas ce qui se passait. 

Quelques minutes plus tard, le dentiste est sorti et il m’a dit que ça s’était très bien déroulé. On a discuté du plan de match. Je me sentais plus rassurée. Le nœud dans mon estomac disparaissait. Ouf.

Lorsque mon garçon m’est revenu, il pleurait à chaudes larmes. J’ai remarqué, à ce moment, que le dentiste lui parlait froidement. Le nœud dans mon estomac est vite réapparu. Il n’avait aucune patience avec lui.

Oui, mon garçon est un grand émotif. Et même s’il s’améliore de jour en jour, il n’aime pas les changements. Mais à l’intérieur de son petit corps costaud, il est un grand nounours avec le plus grand des cœurs. Je ne pouvais pas croire que le dentiste était aussi sec avec lui. Il m’a même fait la morale (je vais vous épargner les détails). Sur le chemin du retour, j’étais tourmentée. Mon fils avait les yeux tout pleins d’eau et il regardait par la fenêtre de la voiture. Moi, je me posais mille questions.

o   Est-ce que j’aurais dû écouter mon cœur et mettre fin à cette rencontre au début?
o   Est-ce que j’ai exagéré, car je suis mère poule ?
o   Est-ce que mon garçon me faisait du chantage émotif parce qu’il a peur du dentiste ?
o   Suis-je une mauvaise mère pour avoir obligé mon fils à subir un examen dentaire avec quelqu’un que je ne sentais pas ?
o   Est-ce que j’écoute mon sentiment du début ?
o   Si on changeait de dentiste, mon garçon recommencerait-il ?
o   Etc, etc, etc.

J’ai donc pris une décision que j’assume entièrement. Depuis que je suis mère, rares ont été les fois où j’ai ressenti un sentiment aussi profond à l’intérieur de moi. Et, à voir la tristesse dans les yeux de mon garçon, il ne jouait pas.

Je lui ai donc parlé, en toute franchise, et je lui ai fait une proposition. Tout d’abord, je lui ai décrit le sentiment que j’avais eu. Que, moi non plus, je n’étais pas certaine qu’il était le bon dentiste pour lui. J’ai continué en lui disant qu’un jour ou l’autre, il devra aller chez un dentiste pour ses réparations. Ensuite, je lui ai proposé ceci : de mon côté, je vais faire des recherches pour trouver un nouveau dentiste, et, de son côté, il doit me promettre d’avoir une belle attitude lors de son prochain rendez-vous avec celui ou celle que j’aurai trouvé. Et là, j’ai blagué en lui disant que s’il faut aller à Montréal, on ira à Montréal… s’il faut aller à New York, on ira à New York. Il m’a trouvée bien drôle, et, finalement, un sourire est apparu sur son beau visage.  Il a accepté ce marché, et nous avons tourné la page.

Enfin, je pensais avoir tourné la page jusqu’à mon rendez-vous chez l’esthéticienne où j’ai pleuré comme un bébé. La matinée avait été difficile. Cette situation m’a tout de même permis d’apprendre. Dorénavant, quand cette sensation réapparaitra, je l’écouterai et je me ferai davantage confiance.

Je me dis… si on est en mesure de magasiner une maison, une auto, une clinique d’optométrie, un massothérapeute, et j’en passe, je peux bien magasiner pour trouver le parfait dentiste pour mon fils. Il y a sûrement des familles qui aiment l’approche du spécialiste que nous avons vu hier. Par contre, pour nous, ça ne cliquait pas. C’est une bonne chose que nous puissions choisir notre spécialiste parce que nous sommes tous différents. Bref, je m’assume, je me pardonne et je reste certaine que tout va se terminer sur une bonne note.

Mais je suis curieuse, avez-vous déjà ressenti une sensation intense comme celle-là ?

Transient