Une conversation inattendue

Samedi soir, 21 h – nous quittons la maison de ma belle-soeur à Montréal. Les enfants ont beaucoup de jasette.

LA conversation

Fiston : Un bébé, ça a la moitié des cellules de la mère et l’autre moitié du père.
Poulette : Oui. Mais c’est la maman qui le porte dans son ventre et qui accouche.
Fiston : Hmmm, je me demande comment les cellules du père arrivent dans la mère.
Poulette : Moi, je le sais.
Moi, je regarde mon conjoint avec un regard qui veut dire : QUOI ?!
Papa, lui, essaie de changer le sujet. Il ne réussit pas.
Fiston : Ah oui, comment ?
Poulette : Eh bien, les parents sont tout nus et s’aiment.
Fiston : Oui, c’est vrai. Mais comment font-ils l’échange de cellules ?
Poulette : Bien, je pense que quelque chose entre dans quelque chose.
Fiston : Ah oui, le pénis et le vagin.
Poulette : Oui, c’est l’amour.
Fiston : Oui, le sexe.

Moi, je suis incapable de sortir un mot de ma bouche.

Papa, lui, réussit à dire : hey, les enfants, c’est le tunnel Atwater ! Nous sommes dans un tunnel ! C’est le jour avec toutes ces lumières ! Wow.

Pendant quelques secondes, ce fut le silence. En sortant du tunnel, les enfants ont abordé un autre sujet.

Soulagement. Merci Tunnel Atwater.

Bon, j’ai l’impression d’avoir mal réagi. Honnêtement, je ne savais pas quoi dire. Ça m’a tellement prise par surprise. De plus, j’étais fatiguée et je me suis dit que ce serait à mon avantage de ne rien dire plutôt que de regretter les paroles qui auraient pu sortir de ma bouche.

Je vois ça comme un signe : mes enfants grandissent, commencent à réfléchir sur des sujets « d’adultes ». Je me dois en tant que parent de me préparer. J’ai donc décidé d’expliquer ma tranche de vie à Sophie Brousseau, sexologue pour avoir son avis et ses conseils.

Qu’est-ce que j’aurais pu dire ou faire ?  

Les conseils de Sophie 

Ah ! Les enfants nous réservent souvent des surprises dans leurs discussions sur la sexualité. Ils en savent bien plus que nous le croyons. Nous sommes parfois déstabilisés par leurs propos et gênés de nous joindre à la discussion. Nous nous demandons parfois où ils ont bien pu apprendre tout ça. Les jeunes sont comme des éponges et ils captent tout, tant dans les conversations entre adultes, qu’à la télévision, à l’école ou ailleurs. Contrairement à nous, les adultes, ils ne sont pas gênés de parler de sexualité.

Dans ce cas-ci, vos enfants ont eu un très bel échange ensemble, très respectueux. Vous vous demandez ce que vous auriez pu dire de plus plutôt que de rester bouche bée. Vous auriez pu, tout simplement, leur dire qu’ils ont raison et que faire un enfant, pour des amoureux, c’est un moment magique qui se déroule dans l’amour. Si, par exemple, votre petite poulette vous avait demandé ceci : « Maman, qu’est-ce qui entre dans quoi pour qu’il y ait un échange de cellules? », vous auriez pu demander à vos enfants de chercher un peu et de vous dire ce qu’ils croient être la réponse. À ce moment, votre garçon aurait sûrement renchéri en répondant le pénis et le vagin. 

En tant que parents, nous ne voulons pas trop leur en dire, mais il faut aussi les informer, sans donner de trop grandes explications qui n’en finissent plus. Dans l’anecdote que vous racontez, ils ont été capables d’échanger entre eux, sans vous demander votre avis. Et, comme pour d’autres sujets de conversations, ils ont vite passé à autre chose. Alors, était-il vraiment nécessaire de vous joindre à la discussion. Pas nécessairement !

La sexualité est un sujet délicat à aborder avec les enfants pour bien des parents. Il faut respecter vos propres limites, sans pour autant, détourner les conversations. Les relations hommes-femmes et le sexe intriguent les jeunes, donc, ils sont portés à en parler. Vous avez l’impression d’avoir mal réagi. Mais, dans le fond, avez-vous si mal réagi? S’ils avaient discuté d’un autre sujet, vous seriez-vous mêlée à la conversation ou auriez-vous préféré relaxer pendant le trajet ? Je crois qu’il faut plutôt vous servir de cette situation pour en discuter aussi avec votre conjoint sur vos propres limites et les sujets qui vous rendent les plus mal à l’aise à aborder avec vos enfants sur la sexualité. Si pareille situation se reproduit, vous pourrez les écouter et corriger leurs dires au besoin, si vous vous sentez à l’aise de le faire. Il arrivera sûrement des occasions où ils vous demanderont votre avis ou chercheront des réponses. Si vous vous sentez mal à l’aise de leur répondre, plutôt que de dire d’aller voir leur père, par exemple, pour leur expliquer, dites-leur plutôt que vous n’avez pas la réponse pour le moment, mais que dès que vous trouverez les bons mots, vous leur reviendrez là-dessus. Ils seront contents que vous preniez le temps de chercher la réponse, et cela sera bénéfique pour vos prochaines discussions sur la sexualité.

Pour aider les parents à parler de sexualité avec leurs enfants, je suggère les livres de Jocelyne Robert, sexologue. Ce sont d’excellentes ressources simples à consulter, selon l’étape du développement sexuel de l’enfant.  Les livres de cette auteure sont disponibles aux Éditions de l’Homme.

 

Soulagement

MERCI Sophie pour vos commentaires, conseils et pistes. J’en ressors grandie et mieux équipée lors des prochaines discussions entre mes enfants. Parce que je ne peux plus le nier, ce genre d’échange aura lieu à nouveau, car mes enfants grandissent.
 

Crédit photo : Studio Colimacie

Crédit photo : Studio Colimacie

Si je résume les conseils de Sophie :

  • J’aurais pu tout simplement leur dire qu’ils ont raison, et que faire un enfant, pour des amoureux, c’est un moment magique qui se déroule dans l’amour.
  •  Une question à poser : était-il vraiment nécessaire de me joindre à la discussion.
  • Si je me sens mal à l’aise de leur répondre, leur répondre que je n’ai pas la réponse pour le moment, mais que dès que j’aurai trouvé les bons mots, je leur en parlerai.
  • De parler du sujet avec mon conjoint afin d’établir ce que nous leur dirons, comment nous le ferons, qui aborde le sujet, etc.
  • Les livres de Jocelyne Robert sont d’excellentes ressources.

En tant que parent, je me sens dorénavant plus outillée pour gérer la prochaine discussion. 

De votre côté, avez-vous déjà eu LA discussion avec vos enfants ? Comment le tout s’est déroulé ? Au plaisir de vous lire !

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