À toi que j’ai laissé tomber… je m’excuse

Les enfants et moi étions un brin en retard sur notre programme du jour. Je devais passer chez l’imprimeur valider un projet sur lequel je travaille, ensuite on devait filer au magasin de chaussures afin que Philippe fasse un choix pour ses futures espadrilles et à 11h20, nous avions rendez-vous chez le dentiste. Il était 9h50 et j’aurais voulu partir avant cette heure mais que voulez-vous, les enfants ont dormi un peu plus tard que prévu, je voulais m’entrainer et tant qu’à être en relâche, on a déjeuné aux gaufres. Vu notre heure de départ, j’ai même rayé le Costco de la liste. Ce serait pour une prochaine fois.

Nous étions partis depuis deux minutes qu’en tournant le coin de la rue, je t’ai aperçue. Je ne savais pas si tu étais blessée ou perdue… j’étais confuse. Tu me saluais comme si tu me connaissais mais moi, je te ne reconnaissais pas.

Tu me faisais signe d’arrêter et je ne sais pas pourquoi mais j’ai garé ma voiture sur le côté de la rue. Dans ma tête, j’entendais mes parents me dire : « Jaime, ne parle pas aux étrangers et surtout ne laisse pas des inconnus entrer dans ta voiture ».

J’essayais d’ouvrir ma fenêtre mais elle était gelée. Tu tenais un sac et je ne savais pas ce qu’il y avait à l’intérieur. Mes enfants étaient avec moi… je l’avoue j’étais un peu stressée. J’ai finalement ouvert la porte et tu m’as demandé où j’allais. Je t’ai répondu que j’avais des courses à faire en ville.

Tu tenais ton téléphone, tu ne semblais pas être dans ton assiette et tu étais très intense gestuellement. J’ai paniqué. Autant que j’essaie de ne pas juger les gens, c’est ce que j’ai fait ce matin. Tu sentais la cigarette, tu tenais un sac Corona et mes enfants étaient en arrière dans la voiture. Je ne savais pas quoi faire. Tu l’as vu dans mes yeux, tu m’as remerciée pour mon temps et tu as reculé.

Je t’ai demandé si tu étais blessée. Tu m’as répondu que non. Tes yeux se sont remplis d’eau, tu m’as dit que tu venais de te séparer. À te regarder, tu n’avais presque rien sur le dos. J’avais froid pour toi. Tu es partie de ton côté. Je suis partie du mien.

Instantanément, j’avais une boule dans l’estomac et j’ai regretté d’être partie.

J’ai pris un moment pour réfléchir.

Elle n’avait assurément pas de revolver dans son sac.

Qu’allait-il m’arriver si je l’amenais au Carrefour ?

Si c’était ma fille, là dehors, au froid qui demandait de l’aide ?

J’ai décidé d’en parler avec les enfants, leur expliquer mon dilemme. Ensemble, nous avons convenu que nous retournions voir si elle était encore là. Elle n’y était plus.

Je ne sais pas où elle est, si elle a trouvé de l’aide ou non.

Je dois te dire que tu hantes mes pensées depuis ce matin.

Mes peurs m’ont empêchée de prendre la bonne décision. Je balançais entre la sécurité de mes enfants, mes angoisses et la bonne chose à faire. Je suis désolée.

J’espère que la vie sera douce avec toi et que le chagrin que j’ai vu dans tes yeux se dissipera rapidement.

À toi que j’ai laissé tomber… je m’excuse.