Ne parle pas aux étrangers

Je suis arrivée à Montréal la veille de l’événement Unis pour l’action, car je devais être au Théâtre Saint-Denis à 8 h 30. Puisque j’habite à Sherbrooke, je trouvais ça un peu tôt.  

Après mon souper, j’ai fait un petit saut à la Place Dupuis, car je voulais m’acheter quelque chose à boire pour la soirée et une collation pour le lendemain. Je me suis arrêtée à un petit kiosque et, pendant que je regardais le menu, j’ai ressenti un sentiment bizarre… comme si on m’observait. J’ai levé ma tête. Un homme regardait dans ma direction et a dit : « Je passais à côté de vous et j’ai dû m’arrêter, car vous êtes magnifique. » 

Là où le tout s'est déroulé à la Place Dupuis


Là où le tout s'est déroulé à la Place Dupuis

Moi, instinctivement, je regarde en arrière de moi pour voir à qui il parlait.

Ahhhh, il n’y avait personne. C’est à moi qu’il s’adressait.

Petit malaise + un peu de timidité + quoi répondre = mes sentiments du moment.

Et là, je me suis souvenue de ce que ma mère me disait lorsque j’étais petite : « Jaime, il ne faut jamais que tu parles à des étrangers. » Alors je n’ai rien dit.

Il continua : « Vous êtes vraiment de toute beauté. Puis-je avoir votre nom. Pouvons-nous aller discuter. Je suis complètement charmée par vous. »

Euh. Je ne savais aucunement comment réagir. J’ai 35 ans et c’est la première fois qu’une telle chose m’arrive. Évidemment, j’étais un peu flattée, mais là, je trouvais que c’était un peu trop et que je devais mettre une fin là, là.

Flash. J’ai décidé de sortir la bombe, la phrase qui le ferait partir afin que je puisse retourner à la réalité. Je lui ai dit : « Ah ! C’est gentil. Mais je suis mariée, heureuse, et j’ai des enfants ! »

Tiens-toi. Vlan dans les dents. Mission accomplie. Je suis bien fière de moi.

Trois secondes plus tard, il me répond : « Je n’ai aucune objection à être ton amant. »

Euh. OK. Je ne m’attendais pas à ça. Genre vraiment pas. Bonjour la couleur rouge dans mon visage. Je n’étais pas bien. Les gens qui me connaissent personnellement et qui vont lire ce texte sont probablement, en ce moment, crampés, car ils savent à quel point une telle situation me met hors de moi-même.

Je réentends la voix de ma mère, cette fois-ci, encore plus fort : « Jaime, ne parle pas à des étrangers. »

À partir de cet instant, je n’ai plus rien dit. Il a continué en me demandant mes infos Facebook, une future rencontre, etc.

Je suis demeurée muette. 

Il est finalement parti.

J’ai regardé le commis, qui était visiblement presque aussi mal à l’aise que moi. Je lui ai demandé : « Est-ce que tu as vu ce qui vient de se passer ou c’était mon imagination ? » Lui : « Oh, non, ce n’était pas un rêve… ah, la, la ! ».

J’ai fait mes achats, je me suis rendue à ma chambre d’hôtel et je ne suis pas ressortie avant le lendemain matin.

C’est une chose se faire dire un compliment ou échanger un regard avec quelqu’un, mais ce que j’ai vécu m’a dérangée à un point tel que je me sentais « sale ».

J’ai alors réalisé qu’il n’y a pas d’âge pour se faire intimider, harceler ou manipuler.

J’ai aussi compris pourquoi ma mère m’a répété un million de fois « Never talk to strangers ».

J’ai également saisi pourquoi elle s’inquiète quand je pars seule en voyage d’affaires et qu’elle prend régulièrement de mes nouvelles, même si je suis un adulte 

J’ai tout compris. 

Quand on devient mère, on le devient pour toujours...

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