Le jour où tu as cessé de venir me voir, j’ai compris

Dès ces premiers jours de vie, Philippe était un bébé chaleureux et colleux. Il aimait se faire prendre ou être bercé. C’était tout nouveau pour nous car sa sœur était si indépendante. Elle détestait se faire bercer, ne voulait rien savoir de sa suce et préférait s’endormir seule dans son lit avec les sons et images de son joli aquarium. Je pouvais rarement la cajoler. Fiston, lui, c’était tout le contraire.

Quand Philippe est passé au stade lit, dès les premiers jours où il se réveillait et pouvait, par lui-même, sortir de son lit comme un grand garçon, il venait me voir. Il embarquait dans mon lit et se collait contre moi quelques minutes. Je pouvais lui flatter le dos, jouer avec ses cheveux, lui faire un massage… il demeurait immobile et savourait chaque instant.

Il n’allait pas voir son père, ni sa sœur. Il choisissait (pour mon plus grand bonheur) sa maman. Ce rituel, à son réveil, a duré des années. Dès que j’entendais le petit boum de ses pieds sur le plancher de bois franc, je savais qu’il était en route. Il m’est même arrivé de me lever (car je suis une personne très matinale) et de me recoucher car je savais qu’il allait se réveiller dans les minutes à venir. Mais chuuuutttt ne lui dites-pas ! Ce moment avec lui était précieux.

Un jour, il n’est pas venu me voir. Je me suis dit que c’était seulement un oubli de sa part. Le lendemain, à son lever, il est allé rejoindre sa sœur au salon. Sans l’admettre, je le savais. Je le ressentais dans mon fond intérieur. La troisième journée où il n’est pas venu, je ne pouvais plus nier la réalité. Notre rituel du matin était terminé. Philippe grandissait et il n’avait plus besoin de ce petit moment avec sa mère. 

Le jour où il a cessé ces visites matinales, j’ai appris une leçon importante. La façon dont nous réagissons face à une situation à un immense impact sur la suite des choses.

Bien évidemment, mon cœur de maman a eu un petit coup (ok un grand coup) car je n’étais pas tout à fait prête à ça et souvent ce sont dans ces instants-là qu’on souhaiterait de tout cœur avoir seulement une matinée de plus pour emmagasiner le plus d’amour possible une dernière fois. Mais en même temps, notre rôle de parent est celui d’accompagner nos enfants vers l’autonomie. Philippe n’avait simplement plus besoin de moi. C’est un pas dans la bonne direction.

Ça aurait été si facile pour moi de m’apitoyer sur mon sort, jouer la victime, pleurer la fin d’un chapitre si touchant dans ma vie de mère. Mais, nous avons toujours le choix face à nos réactions. J’ai plutôt choisi de jouer une autre carte – soit celle de la reconnaissance. Pendant plus de 2 000 matins, Philippe m’a choisie. Plus de 2 000 doses d’amour.  Plus de 2 000 moments de pur bonheur.

Wow. Mais quel cadeau incroyable.

Merci Philippe. Pour ces moments. Ces souvenirs. Cette leçon.

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