Je suis une anglo - franco


Nous sommes en pleine campagne électorale.  J’ai toujours choisi de ne pas aborder le sujet publiquement, sauf bien sûr, pour inciter les personnes à voter. Car je crois que c’est primordial d’exercer notre droit de vote. Dire qu’il y a quelques dizaines d’années, ce choix n’était même pas possible pour les femmes au Québec! Mais ça, c’est un tout autre sujet. 

J’entends beaucoup parler de diversité. Du fameux débat avec la langue française.  Ces sujets m’interpellent davantage et même si mes petits doigts tremblent en tapant ces mots (je ne suis pas 100 % à l'aise avec le sujet), c’est plus fort que moi, je continue de taper, d’écrire ce texte.

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Photo : Catherine Galarneau

Parlons de ma réalité.

Ma mère est une anglophone. Mon père était tunisien (pour ceux qui ne le savent pas, il est décédé quand j’avais 12 ans). 

Ma première langue fut l’anglais.  J’ai appris le français dès mon entrée à la maternelle puis j’ai fait toutes mes études dans la langue française. 

Mes parents ont choisi l’école francophone, parce que nous habitions au Québec et que c’est la langue de base. J’ai choisi de poursuivre mes études postsecondaires en français; je trouvais important de bien connaître et comprendre la langue. Toutefois, au fil des ans, j’ai perfectionné mon anglais écrit et lu ainsi, quand j’ai terminé l’université j’étais parfaitement bilingue. L’objectif ultime de mes parents était d’avoir des enfants parfaitement à l’aise dans les deux langues. 

Dès mes premières années au primaire, je me suis sentie prise entre deux clans : les anglos et les francos. J’avais mes amis anglos et mes amis francos. Au fil des ans, j’ai appris à gérer le tout, mais encore aujourd’hui, j’ai un malaise devant certaines situations alors que ça ne devrait pas être le cas! 

À mon humble avis, il ne devrait pas y avoir de clans.

C’est aussi banal que le choix de la langue quand vient le temps de chanter « bonne fête » à mes enfants. Ou toute la réflexion derrière les vœux que j’ai écrits à mon mariage.  Ma famille est anglophone. Celle de mon chum francophone.

Côté professionnel, j’ai réfléchi un long moment avant de créer mon blogue en français, car j’aurais très bien pu opter pour un site en anglais. Les réseaux sociaux. Un des endroits où je vis le plus gros de mes malaises ces temps-ci. Surtout sur mes comptes perso Facebook et Instagram. Je ne veux offusquer personne si j’écris un statut juste en anglais ou juste en français. Je rêve de faire la télévision en français de façon régulière et je doute. Non pas de moi, ni de mes capacités, mais plutôt de la réaction des autres. Et si je me trompais avec un masculin / féminin (ma plus grosse bête noire dans la langue française)? Ou si les gens remarquaient mon petit accent? 

Si on m’humiliait parce que je faisais une erreur? 

Voilà quelques-uns de mes combats personnels en tant qu’anglophone, francophone, québécoise, tunisienne, canadienne. Puis mon petit doigt me dit que d’autres personnes vivent avec d’autres luttes en lien avec la façon que nous vivons en société ici au Québec.

On prône la diversité. Mais je crois qu’on a encore du chemin à faire. 

On encourage le respect / l’acceptation de soi, d’autrui. Pourtant. Ce n’est pas ça que je vois ces jours-ci.

L’autre soir, en regardant le débat historique en anglais, je pensais à mes grands-parents. À quel point ils auraient aimé se bercer dans leurs chaises et écouter le débat! Ce fut un beau geste des politiciens, un pas dans la bonne direction.  Parce que oui, je crois que c’est correct et acceptable de faire une petite place à la communauté anglophone dans notre province francophone. 

Puis là, sur les réseaux sociaux, les chefs de partis se faisaient ridiculiser sur leur anglais. 

Il est où le respect d’autrui ? 

J’ouvre une parenthèse. Il y a une grande différence entre taquiner et ridiculiser. Dans la vie, je crois qu’il faut faire preuve d’autodérision. J’en conviens que ça a été comique à quelques reprises quand certains chefs utilisaient les mauvais mots lors du débat. Je pense aussi aux deux numéros d’ouverture lors du Gala des prix Gémeaux. J’ai ri. Ce n’était pas méchant, c’était de la plaisanterie, des taquineries – ça se ressentait. Pas toujours le cas sur les réseaux sociaux.

Mieux vaut s’essayer. Mieux vaut oser. Mieux vaut faire un premier pas dans la bonne direction. Je salue d’ailleurs leurs efforts et je les comprends tellement.  Saviez-vous quelle fut ma première phrase prononcée à la maternelle ?

Do you speak the anglaise ?  Oui, oui ! 

Je pense qu’en tant que société, nous avons tous un travail à faire. Côté respect, côté diversité, côté cheminement personnel. Prenons un instant pour regarder nos valeurs, nos choix, notre personne. 

On se définit comme un peuple qui accepte la diversité. Pourtant... 

À mon avis, ce n’est pas normal qu’on se sente mal parce qu’on est une telle race ou que nous parlons une telle langue. 

Oui, nous habitons dans une province francophone. Oui, nous devons protéger notre langue. Mais je crois aussi que nous devons tout faire pour élever des enfants bilingues, des enfants qui sont capables d’échanger autant en français qu’en anglais. D’unir les clans sans pour autant diminuer l’importance et la protection de la langue française. 

Parce que dans le fond, on veut tous la même chose : une province où il fait bon vivre, où nous pouvons élever nos enfants en sécurité et leur offrir le meilleur.

Si on met tous un peu d’eau dans notre vin, je pense que nous pourrions tous marcher ensemble dans la bonne direction, et ce, malgré nos convictions politiques. Pour le mieux de notre province. Pour le mieux de notre société.

Article rédigé par Jaime Damak

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