Cher professeur...

Encore une journée pédagogique ? C’est une phrase que j’entends souvent. En toute honnêteté, il m’est arrivé à quelques occasions de la dire moi-même quand j’oubliais qu’il y en avait une durant la semaine. Ahhhh ! Ces enseignants ! Ils ont deux mois de congé l’été, deux semaines à Noël et une semaine à la relâche… ils sont toujours en congé !  Une autre phrase que j’entends à l’occasion.

 

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C’est vrai qu’ils ont tous ces congés. À mon avis, ils les méritent bien. Les professeurs passent en moyenne 5 heures par jour avec nos enfants en classe ce qui totalise 900 heures de classes pour une année scolaire. 900 heures à s’occuper d’une vingtaine d’enfants. Seriez-vous en mesure de faire ça ?  Pas moi. Sans compter toutes les heures à préparer, corriger et surveiller, sans oublier les comités et les réunions.

Outre le temps de classe et leurs autres tâches, souvent, nous passons à côté de ce qui est le plus important : l’impact que les professeurs ont sur les enfants. Je ne serais pas la personne que je suis aujourd’hui si ce n’était des professeurs que j’ai eus. Évidemment, il y a des années où ça n’a pas cliqué avec mon enseignant. Par contre, certains ont profondément changé ma vie.

En 5e et 6e année, j’ai eu Yvan comme professeur. C’était LE professeur de l’école. Tous les enfants avaient toujours hâte de l’avoir. Il jouait avec ses élèves à la récréation, il était sévère, mais « cool » en même temps. À chaque fin d’année, mise à part la sortie officielle, il organisait toujours une journée vélo où nous partions de notre école à Ayer’s Cliff en bicyclette pour rouler jusqu’à sa maison à Magog. Sur place, on se baignait dans sa piscine, on dînait au McDo, on jouait une partie de Mini Putt pour ensuite prendre le chemin du retour vers l’école. Lorsque j’étais en 5e année, mon père avait refusé que je participe à l’activité. Il citait ma santé fragile comme raison principale et croyait que je ne serais pas en mesure de relever le défi. J’étais vraiment triste de ne pas pouvoir participer.

L’année d’après, en 6e, mon père est décédé le 28 mai. La sortie, prévue pour le début juin, approchait et je voulais vraiment y aller. Yvan a décidé de parler à ma mère et l’a convaincue de me laisser participer. Les élèves pouvaient rouler à leur rythme, il y avait des parents-accompagnateurs et un camion qui nous suivait au cas où un enfant se blessait ou se fatiguait. Ma mère a accepté. J’étais tellement heureuse ! À l’aller, je me suis seulement arrêtée une fois et, au retour, j’ai filé sans arrêt vers l’école. Je me rappelle que je suis même arrivée 3e à l’école. Je me souviens de cette journée comme si c’était hier. Yvan fut un prof extraordinaire. Quand mon père nous a quittés, il m’a écrit une lettre qui m’a fait beaucoup de bien. Je l’ai encore et je la lis de temps en temps.

Au secondaire, plusieurs professeurs ont marqué mon parcours. Lorsque j’étais en 3e secondaire, Marguerite, ma professeure de biologie et responsable de classe, m’a remis à mon anniversaire un papillon avec une note, que j’ai encore dans ma boîte à souvenirs, qui disait ceci : as a caterpillar changes into a butterfly, so does everything bleak change into something unexpectedly beautiful (comme une chenille se transforme dans un papillon, tout ce qui est sombre ce transforme, de façon inattendue, en quelque chose de beau).  Quel beau mot !  Je n’avais pas compris tout de suite sa signification, mais, avec les années, j’ai compris ce qu’elle voulait dire.

Dernière anecdote, lorsque j’étais au secondaire et qu’il y avait des sorties ou des événements en soirée, ma mère, qui déteste conduire, ne voulait pas venir me chercher à l’école. Soit qu'il était trop tard ou que c’était en hiver… bref, il y avait toujours une bonne raison pour ne pas venir me chercher. Christine, mon enseignante d’arts plastiques, était également responsable du dortoir en 3e secondaire (mon niveau de l’époque) et lorsqu’elle a su que je n’avais pas de transport (j'étais une externe dans un Pensionnat), elle m’a invitée à coucher à l’école. Grâce à sa générosité, j’ai pu participer à l’activité. Elle était très généreuse avec moi et tous ces élèves. C’était LA prof que tout le monde souhaitait. Elle avait une grande influence sur la vie de ses élèves.

Vingt ans plus tard, j’ai revu Christine. C’était la première journée d’école de ma poulette. Nous venions de déménager dans un nouveau secteur. Nous ne connaissions personne. Lorsque nous sommes arrivés à l’école, une des premières personnes que j’ai vues était Christine. Eh oui, elle enseignait maintenant au primaire, à Sherbrooke, à l’école de mes enfants. Après toutes ces années, elle est toujours là pour moi. Elle veille sur mes enfants et, tout comme avant, les enfants qui la côtoient l’adorent et elle continue à changer des vies.

J’ai pour mon dire que les professeurs sont beaucoup plus qu’un simple tuteur. Pour certains, ils sont des modèles, pour d’autres, ce sont des personnes qui donnent de l’espoir, de l’amour et de la confiance aux enfants qui en ont besoin.

Avec ce qu’on a vu dernièrement, comme cette tragédie au Connecticut, ils sont également une source de sécurité pour nos enfants. Avez-vous vu le témoignage de la professeure en 1re année qui a caché ces élèves dans une petite toilette ?  Ou encore celle qui a perdu la vie, car elle protégeait ces élèves ? Ça aurait pu être votre/mon école, votre/mon enfant...

Merci à vous, chers professeurs, qui, chaque jour, prenez soin de nos enfants. Qui les aimez, les encouragez et les aidez à développer leur plein potentiel. Pour tout ce que vous faites, merci.

La prochaine fois, avant d’émettre un commentaire négatif à l’approche d’une journée pédagogique ou d’un congé, prenons un instant pour penser à TOUT ce qu’ils font au-delà du train-train quotidien. Notre opinion risque fort probablement de changer… du moins la mienne.

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