Témoignage : Une rencontre

Après un long voyage en Californie, je dois retourner dans mon patelin pour donner les fameux cours d”été à la polyvalente. Ces fameux cours où les jeunes doivent fournir un ultime effort pour obtenir leur note de passage dans la matière qu’ils ont échouée.

C’est le tout début de ma carrière d’enseignante en anglais langue seconde. Je navigue un peu dans le néant avec ces jeunes qui eux aussi m’accompagnent merveilleusement  bien dans cette incertitude pédagogique. Je fais du mieux que je peux. Je tente de repérer des documents qui pourraient m’être utiles, qui pourraient m’orienter dans ma propre matière. 

Il fait chaud, une chaleur torride. Les locaux, ne sont pas climatisés et je suis confinée dans le local de la vieille partie de l’école au sud-ouest. Les vénitiennes ne ferment plus, les fenêtres sont impossibles à ouvrir. J’enseigne dans un four, dans une serre. Les jeunes entre eux, se lancent des défis. Ils tentent d’ouvrir les fenêtres, de mettre des vêtements dans celles-ci, pour bloquer les rayons brûlants du soleil de juillet.

À la pause, vers 10:15 AM, je me questionne sur les modes d’évaluation.

Je réfléchis. À qui pourrais-je bien m’adresser pour avoir une idée un peu plus claire sur le sujet et avoir un idée sur le background des ces élèves.

Je cogite et je tangue. 

J’ai alors un flash. Je me souviens de l’enseignant de deuxième cycle que j’avais rencontré lors de mes suppléances précédentes. Il me saluait toujours, cordialement et chaleureusement. Je lui souriais poliment. 

Je l’avais revu à l’épicerie la veille de son départ vers le Guatemala. J’aurais poursuivi la discussion avec lui, mais le bus jaune quittait pour l’aéroport de Montréal. Les jeunes impatients de découvrir le monde, sifflaient et commençaient à s’énerver. Impossible de discuter donc. 

Je pense à lui. 
 

Saint Valentin


Je décide alors de demander ces coordonnés à la direction. Le directeur me regarde du coin de l’oeil, il comprend. Il sait que j’ai besoin d’un coup de main mais, il y a plus. Ce directeur me connait bien, et il me refile le numéro de téléphone de cet enseignant. Je suis nerveuse, j’ai hâte que la cloche sonne. J’ai encore plus hâte de terminer mon cours que tous ces jeunes à boutte dans mon local.

Ça y est mon cours est fini et entre temps, j’ai trouvé les grilles de correction que je cherchais. Mais, je dois lui téléphoner quand même, c’est plus fort que moi.

J’arrive dans ma voiture et je signale son numéro de téléphone. Je suis fébrile, j’ai peur de me faire dire non. Il répond et il semble heureux de m’entendre. Il est revenu sain et sauf de ce voyage humanitaire avec les 54 jeunes ado. Je bégaie et il me coupe la parole et me demande si je l’ai reçu. 

‘’Reçu quoi là?’’ dis-je. 

Il me répond en riant: ‘’La carte postale du Guat?’’ 

Il m’a écrit. De là bas. Wow. 

J’ajoute que non, je n’ai rien reçu avec un air surpris et heureux en même temps. Toutefois, je lui mentionne que j’avais des questions concernant le programme d’anglais et certains de ses anciens élèves. 

Il me répond que demain midi, il sera aux portes centrales de la poly. Il m’invite à luncher. 

Je suis chavirée. 

Le lendemain, je retourne en classe. Impossible de cacher mon bonheur à mes élèves. Les filles veulent savoir c’est qui le mec en question. Les gars tant qu’à eux ouvrent encore les paris. Ils scandent des noms de profs présents aux cours d’été. Je ne réponds pas à leurs âneries. Je détourne la question, je plonge dans mon enseignement.

Il arrive 11:35 et lorsque la cloche sonne, je bondis hors de ma classe, laissant les élèves derrière moi. Je marche rapidement dans le long corridor pour me diriger vers les portes centrales. Je me sens comme une ado. J’ai 15 ans, je gambade dans les couloirs de la poly et j’ai hâte. J’ai une ‘‘date’’ pour le lunch. Mon coeur bat à la chamade. 

Il est là assis aux bancs face aux portes centrales. Il m’attend. J’arrive vers lui et il me tend la main. On se salue chaleureusement.

Les élèves sifflent et applaudissent et le directeur sort de son bureau pour clamer les sifflements des jeunes et me fait un léger sourire.  

Nous allons donc dîner et à partir de là, nous nous sommes jamais quittés.

Nous avons maintenant 2 enfants et notre bonheur grandit à tous les jours. Nous sommes toujours amoureux.

Bonne Saint-Valentin!

Article rédigé par Laurence Lavigne