Témoignage : Ma maternité à moi

Quand j’ai rencontré mon chum, j’ai su que je voulais des enfants avec lui. Alors on s’est fréquenté, on s’est fiancé et on s’est marié. Nos études terminées, le temps des bébés était venu. Nous essayons durant plusieurs mois. Ces mois deviennent une année complète, et, tout ça, se termine dans le bureau du médecin. Référés en clinique de fertilité, le diagnostic nous laisse perplexes : infertilité inexpliquée. Commencent alors les traitements hormonaux pour stimuler mes ovaires. Oh que ça ne stimulait pas juste les ovaires, mais le caractère aussi ! J’étais devenue un monstre. Que mon chum ait survécu à ces 6 mois tient du miracle ou de sa grande résilience. Je pouvais péter une coche à tout moment pour des peccadilles. Bref, mon amour, tu es vraiment l’homme de ma vie.

Au bout de ces 6 mois qui ont été, disons-le, infernaux, il nous a fallu prendre une décision : allions-nous poursuivre les traitements en fertilité ? Ça voulait dire des hormones encore, des inséminations, peut-être des traitements in vitro !!! Et c’est là que mon amoureux m’a dit : qu’est-ce que tu penses de l’adoption, chérie ? En vérité, j’y pensais depuis mon entrée dans le bureau de mon médecin de famille. Pour une raison inconnue, mon conjoint et moi sommes incapables de faire des enfants, mais notre désir de fonder une famille était bien là. Alors s’ensuivit une grande remise en question : Qu’est-ce qu’on veut vraiment ? Ai-je besoin d’un lien biologique avec cet enfant ? Dois-je absolument être enceinte ? Dois-je absolument sentir ce petit être dans mon ventre ? Est-ce que je peux vivre avec un enfant différent de moi ? La réponse à ces questions est venue naturellement. Ce que nous voulions tous les deux c’était un enfant en meilleure santé possible. Le reste n’était pas vraiment important pour nous. Alors l’adoption d’un enfant est devenue notre second plan A.  Pas un plan B par dépit, mais bien un nouveau projet de vie. Le projet d’accueillir dans notre vie un petit être venu d’ailleurs qui aurait besoin de nous. C’est là que les montagnes russes ont commencé.

C’est bien beau d’avoir la volonté d’adopter, mais les critères des différents pays ouverts aux Québécois pour l’adoption font en sorte que c’est bien plus le pays qui nous choisit que nous qui choisissons le pays. Bref, tout ça pour vous dire que nous avons choisi la Chine même si je ne répondais pas au critère de l’âge. En effet, il faut avoir 30 ans pour déposer une demande d’adoption en Chine et je n’ai que 29 ans. Pas grave, on commence à monter notre dossier. On passe l’évaluation psychosociale, car un psy doit pouvoir confirmer que nous sommes de bonnes personnes, que notre projet est mûrement réfléchi. On part à la conquête du ministère de l’Immigration pour obtenir la citoyenneté de notre futur enfant. Bref, on ramasse une tonne de papiers qui prouvent notre bonne volonté d’adopter. Notre dossier part pour notre agence en avril 2006. Après vérifications, l’agence l’envoie en Chine et nous obtenons notre fameux LID : la date du dépôt de dossier est le 18 mai 2006. On est sur un petit nuage. Selon l’agence dans 6 mois soit un peu avant Noel 2006 nous aurons un petit trésor à serrer dans nos bras. Première descente en montagnes russes : l’agence nous appelle. Notre LID est repoussé au 2 juin 2006, car au 18 mai je n’avais pas le fameux 30 ans que j’aurais le 30 mai 2006. Une petite gifle, mais comme nous sommes des gens positifs on se dit pas grave ce n’est que quelques jours.

S’ensuivit une série de dégringolades du moral : les délais de 6 mois passent à 8, à 12 mois, à 18 mois, à 2 ans, à 3 ans, à 4 ans. Nous sommes découragés. Quoi faire quand tout ce que l’on veut c’est être parent.  Ça fait mal en dedans. Un mal indescriptible, un mal que peu de personnes peuvent comprendre. Quoi dire à notre entourage qui nous demande des nouvelles ? Ma tante : Puis, Il s’en vient quand ce petit bébé chinois-là ? 

Moi : Bien si je le savais, je sauterais dans l’avion (bon c’était dans ma tête). Il faut rester polie, féliciter toutes ces nouvelles mamans de notre entourage avec le sourire quand tout ce que j’avais envie de faire c’était pleurer.

Un beau matin, sur les sites Internet, je vois que les dossiers jusqu’au 18 mai 2006 sont jumelés. Nous sommes le 30 septembre 2010. Un peu plus de 4 ans après le dépôt de notre dossier. J’ai un petit pincement au cœur. Ça aurait dû être notre tour, mais en raison du déplacement de notre LID nous en avons pour encore plusieurs mois avant d’être jumelés. Nous croyons à un jumelage possible en février 2011. Donc on fait de grandes rénovations très très tranquillement (il faut bien meubler cette attente infernale) et la période des fêtes sera parfaite pour faire une chambre de bébé. C’était sans compter sur un petit coup de pouce du destin. Car en ce fameux jour de septembre, notre vie allait changer. Vers 17 h, nous sommes dans l’auto en direction de l’épicerie quand nous entendons Waka Waka de Shakira. C’est la sonnerie du cellulaire du mon chum. Je réponds et j’attends : Sophie, c’est madame X de ton agence d’adoption. J’ai une belle petite fille qui t’attend en Chine. 

Moi :.... euh c’est parce que ça ne se peut pas. Notre LID est pas arrivé. Vous vous trompez.

Elle : Tu t’appelles bien Sophie et ton chum c’est Martin.

Moi : Euh oui

Elle : Alors c’est un dossier pour vous. Une magnifique petite fille

Et là je me suis mise à pleurer. À expliquer à mon chum que nous devons nous rendre à la maison immédiatement, que nous étions parents finalement. Une petite fille de 21 mois nous attendait dans un orphelinat de la province du Jiangxi en République populaire de Chine. Quel bonheur j’ai éprouvé en la voyant pour la première fois ! Ma fille. Ma petite fille du bout du monde. Cette enfant, je ne l’ai pas portée, mais elle est imprégnée dans ma chair aussi profondément que si je l’avais mise au monde. C’est une maternité un peu différente, pas vraiment classique, mais je suis maman. Et c’est tout ce qui compte. 
 


Article rédigé par Sophie Thibault