Témoignage : bébé aux petits pieds bots

Avoir comme projet de couple de devenir parents est merveilleux et imprévisible. Après plusieurs discussions et remises en question, nous décidions que c’était enfin le moment de nous jeter à l’eau. Rapidement, la vie nous sourit. Nous apprenions que j’étais enceinte ! Un nouveau chapitre de notre vie commençait. J’étais bien dans ma peau : je rayonnais de bonheur.

Le matin de l’échographie de la 20e semaine, je suis surexcitée, on aurait dit une enfant de 4 ans le jour de Noël ! Nous allons voir notre bébé. Je suis convaincue que nous attendons un petit garçon, et j’ai si hâte de voir ses petites mains et ses petits pieds. C’est tellement charmant des petits pieds de bébé !

Lorsque l’image apparait, nous avons rapidement la confirmation que c’ést un petit garçon qui bouge dans mon ventre avec énergie : Rémi.

Cependant, quelque chose me dérange... j’ai l’impression qu’il a quatre bras…

Une fois l’échographie terminée, la technicienne nous présente un radiologiste qui nous annonce de but en blanc : « votre bébé a les pieds bots ».

Mon chum s’exclame : « Ho NON ! » Je ne sais pas du tout ce que c’est !

Le radiologiste poursuit : « Vous aurez une décision difficile à prendre dans les prochains jours. Il est possible d’interrompre votre grossesse à cet hôpital. »

AU SECOURS ! Je ne comprends pas du tout ce qui se passe !

On nous a alors expliqué que les pieds bots bilatéraux, vus aussi tôt dans la grossesse, sont une malformation génétique orthopédique. Les pieds sont tournés vers l’intérieur et les orteils pointés vers le bas. Son incidence est plus élevée chez les garçons. Cela se corrige avec des plâtres et des souliers spécialisés. Parfois une ténotomie (chirurgie d’un jour) est nécessaire. Notre enfant pourrait probablement marcher normalement...

Cependant, les malformations orthopédiques sont souvent un marqueur de trisomie 21. Nous n’avons plus 20 ans (j’avais 30 ans), et il y a plusieurs malformations cardiaques dans ma famille...

Ce radiologiste nous a fait peur, mais, heureusement, mon médecin m’a rapidement rassurée. Notre fils a les pieds bots, c’est certain, mais, pour l’instant tout va bien. Une échographie cardiaque nous confirme, à 24 semaines de grossesse, que le petit cœur de Rémi va bien. Quel SOULAGEMENT !

Nous ne savions pas ce qui nous attendait...

Le 9 novembre 2012, en cette veille du troisième trimestre, je ne pouvais m’empêcher de flatter ma bedaine, qui me disait : « ALLO ! JE SUIS LÀ... »

Je n’avais pas de douleur, mais je ne pouvais oublier la présence de Rémi. Je sentais mon ventre...

Cette journée bien occupée termina tard. Complètement exténuée, je rentrais chez moi. Mon lit m’appelait !!!

Pourtant, je n’arrivais pas à fermer l’œil, même pas deux petites secondes. J’étais inconfortable. Je tiens à le répéter, je n’avais aucune douleur... C’était seulement déplaisant et cela gênait mon sommeil...

Moi qui n’avait eu aucune nausée au premier trimestre, je me disais dit « d’attacher ma tuque avec de la broche » parce que le troisième trimestre s’annonçait difficile.

10 novembre 2012

Après cette nuit sans sommeil, j’avais de très petits pincements (pas assez fort pour parler de crampes) dans le bas du ventre que j’associais à de la constipation ou à des douleurs ligamentaires.

Après avoir eu une TRÈS petite perte de sang, je contacte Info-Santé pour me faire rassurer.

L’infirmière au bout du fil m’ordonne de me rendre RAPIDMENT à l’hôpital directement au département d’obstétrique.

Calmes, convaincus que tout allait bien et que mon médecin me demanderait de me reposer quelques jours avant de retourner au boulot, nous profitions de cet allée à l’hôpital pour tester un nouveau chemin pour être prêt le grand jour venu.

Par chance, mon médecin est de garde et c’est le calme plat au département. Il a pu m’examiner rapidement.

C’est alors qu’il m’annonce que je suis en train d’accoucher ! Je suis dilatée à 4 cm et j’ai des contractions toutes les cinq minutes. Je lui dis qu’il me semble que, si j’avais des contractions, je le saurais. Que, dans les films, les filles semblent avoir MAL et que ce n’est pas mon cas !

Avant même que je réalise quoi que ce soit, on me donne une injection de stéroïde pour que les poumons de mon bébé (de seulement 26 semaines) puissent atteindre la maturité d’un bébé de 34 semaines de gestation en 24 h. Je dois tenir 24 h. Comme si je contrôlais quoi que ce soit en ce moment !

Je ris, d’un rire hystérique. J’ai l’impression d’être dans un épisode de l’émission Enceinte sans le savoir. Nous ne sommes pas près du tout, et Rémi non plus. Je lâche prise. Je suis les instructions, complètement frappée d’étonnement : gelée. On me donne des médicaments pour ralentir le travail et on me transfère de la Cité de la Santé à Laval à l’hôpital Sainte-Justine en ambulance.

Mon médecin, en qui j’ai totalement confiance, m’accompagne dans l’ambulance, avec une infirmière, un inhalothérapeute et les ambulanciers. Je leur demande de me raconter n’importe quoi : leur fin de semaine, leur amour : changez-moi les idées SVP !

Au coin de Côte-des-Neiges et de Côte-Sainte-Catherine, je sens une petite pression sur ma vulve. Mon médecin prend le temps de regarder et aperçoit un pied de Rémi dans la poche des eaux. Il fait arrêter l’ambulance et me supplie de ne pas pousser. Je suis dilatée à 7 cm et j’ai des contractions aux 3 minutes !

Je leur dis sérieusement : « pouvez-vous incliner la civière pour que j’aille la tête en bas ? » Tout le monde rit et cela détend l’atmosphère.

Une fois l’ambulance arrêtée, mon travail en fait autant. Mon médecin demande aux ambulanciers de nous amener LENTEMENT à Sainte-Justine en évitant les nids-de-poule.

Arrivée à Sainte-Justine, je peux enfin revoir mon chum qui faisait les cent pas. On m’amène en salle de césarienne. Mon chum doit se déguiser en chirurgien avant de venir nous rejoindre. Je me sens seule !!!!

On me donne la péridurale et on m’explique qu’on souhaite me faire une césarienne d’urgence, mais que cela ne sera pas possible si le travail est trop avancé. Stupéfaite, je reste calme et je suis le train. Je suis à Sainte-Justine, n’est-ce pas le meilleur hôpital mère-enfant au Québec ?

Étrangement, la péridurale ne me gèle que d’un côté et ils doivent recommencer (mon chum est toujours à l’extérieur de la salle !). C’est alors que je sens Rémi remonter dans mon ventre ! Je le dis à l’équipe médicale (il y a BEAUCOUP de monde ! Des gens pour le bébé, d’autres pour moi et les résidents de toutes les spécialités). Sceptique, la titulaire prend le temps de me réexaminer. Elle ne voit plus le pied de Rémi et je suis dilatée à 3 cm. Vraiment étonnée, elle me fait une échographie et voit Rémi qui est effectivement remonté dans mon ventre. Mal à l’aise, elle dit à l’équipe médicale que la césarienne est ANNULÉE pour le moment. C’est du jamais vue ! Elle m’explique que chaque minute que Rémi passe dans mon ventre augmente ses chances de survie. On me transfère dans une autre salle ou deux infirmières prennent soin de moi et où mon chum peut ENFIN venir me rejoindre.

J’étais bien contente d’avoir la chance de gagner du temps. Étrangement, je n’avais pas peur. J’avais confiance. Je suis toujours chanceuse dans mes malchances...

Malheureusement, les contractions recommencent. Pour ralentir le travail, une infirmière souhaite me coucher sur le côté gauche.

AHHHHHHHHHHHHAAAAAAAAAAAA ! Cela me fait tellement mal que je la supplie de me lâcher. Elle me dit que c’est très important et qu’elle doit me tourner. Alors on réessaye. IMPOSSIBLE !!!!!!

Elle me dit que je dois avoir envie. Abasourdie, je lui dis (bien naïvement) que si j’avais envie, je ne serais pas gênée de lui dire... On m’explique qu’avec la péridurale il est possible que je ne ressente pas mon envie. Que c’est déjà arrivé dans le passé, etc.

Après quelques tentatives infructueuses, on me fait une échographie qui confirme mon envie de pipi. Ma vessie est pleine et cela augmente mes contractions. Pendant qu’on m’installe la sonde, l’infirmière me raconte qu’une patiente dans ma situation avait 1100 ml et que c’était le record de l’hôpital.... C’est alors qu’elle recueil 1300 ml d’urine !!! Non, mais quelle journée !!!

Soulagée on me couche sur le côté gauche. Le travail arrête enfin et on m’installe dans une chambre.

L’équipe a espoir que j’accouche à terme si je reste au repos.

11 novembre 2012

Vers 1 h du matin, les infirmières et moi convainquons mon chum de retourner à la maison dormir un peu. Je n’accoucherai pas cette nuit. Je vais bien et je peux avoir une autre dose du médicament qui ralentit le travail de trois heures en cas de besoin.

Les contractions recommencent à 2 h 15. On me transfère en salle d’accouchement et quelqu’un téléphone à mon chum à 2 h 35. Je reste zen. Je peux avoir une autre dose du médicament pour ralentir le travail dans 25 minutes. C’est encore une fausse alerte... bon !

Mon chum arrive en courant vers 3 h alors que l’obstétricienne me dit que je suis dilatée à 10 et que je dois pousser ! Rémi nait d’un accouchement naturel à 3 h 46.

Jusqu’à ce que je voie mon fils, je n’y ai pas cru. J’étais certaine que les médicaments fonctionneraient encore et que c’était une autre fausse alerte.

Rémi pesait 930 grammes et mesurait 34 cm.
Son score Apgar était 1-1-5

J’ai à peine le temps de le voir qu’il est ballonné et transféré aux soins intensifs en néonatalogie.

Une gentille infirmière, que je ne remercierai jamais assez, m’explique que je ne pourrai pas allaiter pour le moment. Que si je le souhaite, je dois tirer mon lait au trois heures pour que l’équipe médicale le donne à Rémi par gavage.

Toujours aussi docile, et dans une bulle que je ne sais toujours pas comment décrire : je fais ce qu’on me dit.

C’est vers 6 h du matin que je peux aller voir Rémi dans son incubateur. L’infirmière m’accueille gentiment et me dit que Rémi est beau et vigoureux.

Je le trouve magnifique. Je ne vois pas sa fragilité, les tubes et les machines, etc. Je vois le plus beau bébé du monde : adrénaline et déni.

Pour moi il est gros et fort !

N.B. 18 mois plus tard, nous avons la chance d’avoir un petit garçon attachant, résilient, curieux, observateur et plein de caractère : Rémi va bien !

Témoignage offert par Julie Cardinal