Soyons tous des Rose-Aline

Une semaine plus tard, je suis encore aussi bouleversée par ce que j’ai vécu.

Je vous raconte un moment fort en compagnie de ma plus jeune, Rose-Aline, âgée d’un beau 3 ans tout neuf.

La semaine dernière, je suis allée chez l'ophtalmologiste pédiatrique de mes filles avec ma petite Rose-Aline. Nous prenons l'ascenseur pour monter seulement deux petits étages au lieu d’emprunter l’escalier car elle voulait vivre cette expérience pour une toute première fois dans sa vie. Alors on le fait. Toute joyeuse, elle sort de l’ascenseur et nous nous dirigeons tranquillement vers le bureau de la docteure lorsque nous entendons un homme crier dans les escaliers. Je regarde, éloigne ma fille d'une main au cas... Je vois un homme d'une soixantaine d'années, en boule dans les escaliers, serrant très fort sa bande dessinée d'Astérix. Il pleure, il crie qu'il ne veut pas y aller, mais ... à la façon d'un enfant. Je comprends rapidement qu'il est, en réalité, comme un enfant... Je vois son pauvre père âgé de 90 ans, courbaturé, qui lui explique calmement qu'il faut monter, que s'il ne veut pas prendre l'ascenseur, ce sont les escaliers, il n'y a pas d'autres options. Mon coeur se serre, je voudrais tellement les aider. Je vois le pauvre homme démuni et son fils complètement apeuré. Je me sens impuissante, je ne veux pas faire peur à Rose-Aline non plus, au cas où il devient agressif, je ne sais pas…

Je vois Rose-Aline qui se demande ce qui se passe. Je lui explique doucement que le monsieur a peur, comme un petit enfant. Qu'il ne veut pas monter les escaliers et que son papa est un grand-papy et qu'il ne peut pas le monter dans ses bras. Ma fille comprend tout.

Et là se produit quelque chose que je n'aurais jamais imaginé, parce que ma fille était ultra malade, fatiguée et avait peine à se rendre à son rendez-vous ce matin-là. Elle ne voulait pas plus y aller chez l'ophtalmologiste que cet homme, elle n'en voulait pas des gouttes et des examens interminables. C’est alors qu’elle prend ma main, me fait descendre les escaliers une à une jusqu'aux messieurs. Le vieil homme m'explique rapidement que son fils est déficient, qu'il a peur de tout mais que lui souffre de cataractes et doit absolument aller à son rendez-vous... Je vois ma Rose-Aline se pencher, lui faire son plus beau sourire, lui donner sa doudou et lui prendre la main. Elle monte les escaliers une à une avec celui qu'elle appelle déjà « c'est mon ami maman. Regardes, il a un beau livre! ».

C'est tout. C'est ça mon histoire. 

Nous devrions tous être des Rose-Aline. 

Article rédigé par Cynthia Côté
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