Quand adolescence rime avec douance

Période de transition entre l’enfance et le monde adulte, l’adolescence représente un véritable tsunami, un cap parfois difficile à franchir. Comment est vécue cette période chez les doués ?

Les adolescents doués possèdent des caractéristiques qui vont bien au-delà d’un résultat à un test d’intelligence. Curiosité intellectuelle immense, perfectionnisme, langage élaboré, pensée créative, manque d’organisation, hypersensibilité, grande lucidité, sens de la justice, manque d’estime de soi, fragilités affectives ne sont ici que quelques-uns des traits retrouvés chez ces derniers.

On pense à tort que les doués sont tous des premiers de classe, qu’ils réussissent très bien. Cependant, en réalité, plusieurs se retrouvent en position d’échec. En France, environ 30 % des enfants ayant une intelligence supérieure seront des décrocheurs. Heureusement, d’autres s’en sortiront mieux et réussiront à utiliser leur potentiel pour développer des passions.

Portraits d’adolescents doués

Mélissa (nom fictif), 11 ans, se passionne pour la musique des années 60-70, ainsi que pour les questions de justice sociale. Elle a un intérêt marqué pour les arts et un côté créatif développé.

Elle qui a toujours été sociable et fait partie de la « gang de filles », maintenant s’isole. Mélissa ne s’identifie pas aux jeunes de son âge. Elle se sent triste et malheureuse.

À son entrée au secondaire, l’adolescente choisit un programme de concentration en arts, espérant répondre à ses intérêts, mettre en valeur son côté créatif et ses aptitudes intellectuelles. Elle commence son année très enthousiaste, mais manquera rapidement de motivation. Mélissa est découragée par le faible niveau de l’enseignement et par le temps consacré à la discipline.

Ayant des résultats en dessous de ses attentes, elle ne se sent pas à la hauteur. Convaincue qu’elle est « poche » en art et que son professeur dans cette matière ne l’aime pas, elle décrochera tranquillement.

À l’âge de 14 ans, Mélissa a été identifiée comme étant douée par un psychiatre. Elle reçoit des services d’une psychologue. L’adolescente est en attente de consultation auprès d’un ergothérapeute pour traiter l’hypersensibilité et possiblement un trouble de traitement sensoriel.

douance

Justine (nom fictif) a des comportements agressifs et est colérique depuis qu’elle a deux ans. En grandissant, elle multiplie les phobies. Avant son entrée à l’école, elle avait appris à lire et écrire par elle-même. En première année, elle lit des romans de cent pages et son vocabulaire est très précis. Ses parents demandent une évaluation par le psychologue scolaire. La famille habite en Alberta où la douance est reconnue par le système d’éducation. Ils devront tout de même attendre deux années avant d’avoir une évaluation. Diagnostique : douance et anxiété.

Justine fait son entrée dans le monde de l’adolescence en recevant de l’aide psychologique et médicale pour gérer son agressivité et son anxiété. Elle est médicamentée. L’école a instauré un plan d’intervention pour l’anxiété généralisée. Sa douance, elle l’utilise pour développer ses passions et essaie de voir le côté positif de son état. Par contre, il demeure difficile de gérer l’intensité de ses émotions et de sa sensibilité sensorielle.

Tristan (nom fictif), 10 ans, est passionné par l’actualité. Depuis son jeune âge, il lit les journaux et écoute les nouvelles télévisées. Très sociable, il est entouré d’amis. Il ne supporte pas les injustices et a un besoin constant d’apprendre. Il se questionne beaucoup sur son métier futur et sur l’évolution de la société. Très peu sportif, il préfère lire et s’instruire.

douance

Tristan fait son entrée au secondaire dans un programme régulier. Rapidement, il est rejeté et intimidé par ses pairs qui valorisent davantage les capacités physiques qu’intellectuelles. Il diminuera volontairement ses notes pour entrer dans le moule.

Aujourd’hui, à 15 ans, il a changé d’école et a intégré un programme d’études internationales où il retrouve des élèves qui ont sensiblement les mêmes intérêts que lui. Il demeure premier de classe, mais se sent accepté par ses pairs. Il reste toutefois hyper lucide et hypersensible, ce qui est difficile à porter.

Services offerts

Plusieurs adolescents à haut potentiel présentent des portraits semblables à ceux de Mélissa, Justine et Tristan. Pourtant, le ministère de l’Éducation québécois ne reconnaît pas la douance. Il y a peu de ressources dans les écoles. Les parents doivent donc se tourner vers les services privés ou publics.

Par exemple, le CLSC offre gratuitement des consultations psychologiques, mais les listes d’attentes sont très longues et la douance à elle seule permet rarement d’avoir accès à des services.

Dans le secteur privé (psychologue, neuropsychologue, orthopédagogue, ergothérapeute, etc.) il faudra débourser pour recevoir de l’aide. La plupart des professionnels qui évaluent la douance n’offrent pas le suivi psychologique par la suite.

L’association Haut Potentiel Québec, quant à elle, tente d’offrir des activités permettant de regrouper les jeunes et leurs parents autour du thème de la douance. L’association espère ainsi réduire l’isolement, diminuer les frustrations et faire connaître les ressources.

Selon Sylvie Regnier, présidente et fondatrice de l’association Haut potentiel Québec, « les adolescents doués ne sont pas priorisés dans le système scolaire, car souvent ils ont des notes acceptables, ils ne sont pas en position d’échecs. Les doués peuvent recevoir les services dans le système existant à l’extérieur de l’école, mais il faut trouver un psychologue qui connaît la douance ». Aussi, madame Regnier affirme : « Les doués ont besoin d’être nourris intellectuellement, mais pas seulement intellectuellement, car il y aura une perte de motivation. »

Les programmes d’études spécifiques au secondaire

Depuis quelques années, nous avons vu apparaître des programmes d’enseignements spécifiques dans les écoles secondaires (arts-études, sports-études, études internationales, etc.). Il semblerait que ces formations répondent aux besoins de certains doués.

Selon Nathalie Courcy, vice-présidente et secrétaire de l’association Haut Potentiel Québec, « La diversification des programmes au secondaire joue un rôle bénéfique pour les adolescents doués, qui peuvent choisir leur éducation selon leurs intérêts et leurs talents. »

Par contre, en région, on ne retrouve pas toujours de programme de concentration.

Comment répondre aux besoins ?

Étant donné le caractère particulier de la réalité des adolescents doués, on ne peut que souhaiter que des services soient mis en place

« Les Changements hormonaux et la transition entre l’enfance et l’âge adulte affectent tous les adolescents. Cependant, chez les doués, les questionnements existentiels sont présents depuis l’enfance. La transition peut donc se dérouler de façon plus intense parce que les jeunes doués ont tendance à tout percevoir de façon hyperlucide et hypersensible et ces caractéristiques seront exacerbées par l’adolescence », affirme Nathalie Courcy.

Madame Courcy aimerait que le ministère de l’Éducation identifie la douance comme il le fait, par exemple, pour le TDAH afin que des services distinctifs soient offerts aux étudiants doués; que les écoles se dotent de plans d’action pour limiter le décrochage, les échecs et l’intimidation; que de nouveaux programmes spécifiques voient le jour pour répondre aux intérêts diversifiés des adolescents doués. Elle souhaite que la population, les intervenants scolaires et médicaux soient sensibilisés à cette problématique.

Espérons que Mélissa, Justine et Tristan traverseront les tumultes de l’adolescence en réalisant leur plein potentiel et que leurs familles seront soutenues.

Article rédigé par Julie Pontbriand
Association Haut Potentiel Québec
www.hautpotentielquebec.org