Mon histoire d'allaitement

Je suis assise dans la salle d’attente du CLSC de mon quartier pour que ma fille de quatre mois y reçoive ses vaccins. C’est alors que mon regard se pose sur une affiche disant « Allaiter, c’est choisir la facilité ».  La facili-quoi?

 Crédit photo : Marianne St-Pierre

Crédit photo : Marianne St-Pierre

Mon esprit se remémore à cet instant les mois précédents, du jour où ma petite dernière est née jusqu’à aujourd’hui. Je la revois, quelques minutes après être venue au monde, fouiner avec son nez et grimper jusqu’à mon sein pour venir s’y abreuver… une image gravée à tout jamais dans ma mémoire.  Vient ensuite, la montée laiteuse où je me retrouve avec des seins gros comme des ballons de football. J’empeste le chou puisque j’ai des feuilles dans mon soutien-gorge pour tenter de diminuer l’engorgement. Après chaque boire, j’applique une petite crème sur mes mamelons pour soulager la douleur causée par les nombreuses crevasses. Depuis la naissance de ma fille, je n’ai pas dormi plus de trois heures d’affilée et ça, c’est pour les bonnes nuits! Je suis indispensable pour mon bébé autant le jour que la nuit. Je suis irremplaçable, car personne d’autre que moi ne peut lui fournir ce précieux breuvage. J’ai bien tenté de tirer mon lait, mais ma fille préfère le doux contact chaud de mon sein au plastique froid de la tétine du biberon. Je rêve d’aller dans un restaurant autre que familial et de regarder un film au cinéma collé… avec mon amoureux. Mais pour l’instant, toute sortie se fait avec bébé, car c’est moi la « boîte à lunch » ! Tout l’été, j’ai envié les filles qui revêtaient de jolies petites robes à la mode, alors que je devais porter des hauts d’allaitement pas très avantageux. Depuis que j’allaite, je me suis transformée en Shrek. Sans blague, je mange comme un ogre et j’ai le teint le vert ! Mon corps ne m’appartient plus, je dois désormais le partager avec un petit être qui est littéralement insatiable. En choisissant l’allaitement, j’ai accepté de devenir en fusion avec mon bébé, que ce dernier devienne le prolongement de moi-même…

Mes yeux quittent alors la fameuse affiche et se posent sur ma fille qui est au sein pour prendre son sixième boire de la journée. Elle me fixe et tient mon doigt avec sa petite menotte. Mon cœur fond littéralement… Allaiter, ce n’est pas toujours facile, mais il y a de ces instants magiques où l’on ne peut que sourire devant ce miracle de la vie qu’est l’allaitement.

Article rédigé par Marianne St-Pierre