Témoignage : Mes tribulations de grossesses

Juillet 2009

Comme bien des femmes, je voulais un bébé. C’était le temps, j’avais obtenu mon poste à la commission scolaire et j’avais enfin ma classe.

Dans mon  coeur, j’étais prête à devenir une maman.

Je suis tombée enceinte rapidement et je fus surprise. J’étais heureuse et mon chum aussi.

Bonheur.

Mes tribulations de grossesse

Les semaines s’écoulaient, je lisais des livres et des magazines sur la grossesse et l’accouchement. Je regardais mon corps qui changeait et de belles courbes firent leur apparition..

Mais, je me sentais changer…rapidement. Trop rapidement.

Toutefois, tout se déroulait normalement. J’enseignais avec ma grosse bedaine et les élèves étaient tous intrigués par mon nombril qui semblait vouloir percer mon gilet. Je travaillais beaucoup.

J’étais donc plus ou moins à l’écoute de mon corps. Ma bedaine était constamment tendue.

J’allais bientôt entamer mon dernier trimestre de grossesse et j’avais tellement hâte de rencontrer mon petit bébé. Il bougeait beaucoup et cela me rassurait, m’apaisait.

Toutefois, je ressentais un stress permanent. Il était toujours là mais, je tentais de l’oublier en travaillant plus fort et en donnant tout ce que j’avais à mes étudiants.

Les gens autour de moi me demandaient souvent quand j’arrêterais de travailler. Je leur répondais que je tenterais de travailler jusqu’à la toute fin de ma grossesse qui allait se terminer en mai.

Bébé agrandissait sa maison. Mais, j’avais le ventre très dur, souvent. On m’avait alors dit que c’était de fausses contractions. On pouvait en avoir plusieurs dans une journée et surtout si en approchant du terme. J’étais alors rendue à 30 semaines de grossesse.

Bien sûr, je commençais à être réellement fatiguée et les fausses contractions étaient de plus en plus nombreuses. Je décidai alors de contacter mon médecin. Elle me suggère alors de prendre ça un peu plus relax. Mais tout est normal.

Je ne sais pas ce qui se passe dans ma tête, mais je suis de plus en plus stressée.

Est-ce la peur de devenir mère? Est-ce la peur de l’accouchement et de la rencontre ultime avec la douleur?

Mon métier ne me permet pas réellement de rester assise sur une chaise. J’enseigne à des élèves en difficultés. Ils sont exigeants, ils sont difficiles à gérer. Difficile de rester simplement assise. Je dois être debout et circuler dans la classe constamment.

Je ne suis plus capable, je suis stressée et j’ai le sentiment de perdre le contrôle de mes pensées… et de mon corps.

Je suis alors arrêtée par ma médecin. Je dois me reposer.

Donc, je suis seule à la maison avec ma belle bedaine mais, je suis inquiète, j’ai beaucoup trop de fausses contractions. Je communique avec mon médecin de nouveau et elle me demande de me rendre à la maternité.

Je suis alors examinée et on me met au repos total. On m’injecte des cortisoïdes afin de développer les poumons du bébé plus rapidement si jamais j’accouchais.

Je suis donc à 32 semaines de grossesse et alitée complètement. Mon conjoint m’aide énormément et j’ai des copines qui viennent me visiter.

Je réalise alors que tout ce que je fais (qui est d’accepter de ne rien faire) est pour mon bébé. Je suis mère avant d’avoir accouché!

Les semaines s’écoulent et j’arrive à 37 semaines. J’accouche naturellement de ma petite fille en pleine forme. Les crises de paniques sont disparues avec l’accouchement.

Décembre 2011

J’attends un autre bébé.

J’ai moins de stress mais, j’ai toujours la peur de cette perte de contrôle démesurée de mon corps. Les crises de panique reviennent à la semaine 18 de ma grossesse. Encore une fois, j’ai une multitude de contractions dans une journée. Plus que les fameuses 15 réglementaires…

Ma médecin m’arrête de travailler autour de la semaine 28. Je dois me reposer sans être alitée. Je vis encore une fois plusieurs crises de panique et j’ai peur de ne pas y arriver. Je me sens prisonnière de mon propre corps.

Ma médecin me réfère alors chez un psychologue afin de trouver des outils qui m’aideront à vivre cette grossesse normalement. Je ne dois plus fréquenter les forums Internet sur les grossesses à risques. Ces forums alimentent mon stress et je me retrouve donc dans un cercle vicieux.

À 35 semaines de grossesse, je suis de nouveau alitée. Le bébé est en pleine forme mais, les fausses contractions sont trop nombreuses. Elle me fatiguent, m’énervent et m’empoisonnent la vie. Heureusement, je n’accoucherai pas prématurément. Mais, j’ai un diagnostic.  Le médecin m’explique que j’ai un utérus irritable.

Donc, au repos complet, j’ai constaté que mes grossesses n’étaient pas "parfaites". Elles sont légèrement hors normes. Elles reflètent ma personnalité et un côté un peu plus méconnu de moi-même. Une vive connexion avec mes sentiments les plus forts.

Évidemment, les média, la société nous font souvent sentir que la grossesse est un évènement normal et que la vie continue. Certainement que la vie continue cependant, nous changeons profondément.

Nous devenons des mamans.

Article rédigé par Laurence Lavigne