Ma peine, ta peine, notre peine

Il est tard. J’arrive de l’hôpital après une journée interminable et surtout, non prévue à l’horaire. On cherche la source d’un problème aux yeux (nerfs optiques enflés) et de mes maux de tête très douloureux et qui sont de plus en plus fréquents. C’est une banale visite de routine chez l’optométriste en février dernier qui a dégringolé par la suite : visite en urgence chez un ophtalmologiste pour ensuite être référée à l’hôpital pour voir une neuro-ophtalmologiste. Aujourd’hui, c’était le fameux rendez-vous tant attendu avec cette dernière. Parle parle, jase jase, la discussion se termine avec les mots suivants : pression dans la boîte crânienne, CT Scan, ponction lombaire, IRM, prises de sang, surpoids, diète, etc. Premier choc. J’encaisse sans trop réaliser ce qui va suivre. Encore une fois, mon horaire de la journée a pris le bord, car la spécialiste m’a tout de suite dirigée aux urgences afin de passer dans la journée même un CT Scan de la tête. Deuxième choc. Je ne sais pas si vous le savez, mais il y a quelque chose de stressant dans toute cette prise en charge. On dirait que tu perds le contrôle sur bien des choses… Au fur et à mesure que le temps filait, mes pensées devenaient de plus en plus anxiogènes et je vous confirme que l’anxiété a repris du galop bien assez vite. Je n’avais personne sur qui m’appuyer, à qui confier mes peurs, mes angoisses. Mon homme est en voyage d’affaires aux États-Unis, mes enfants sont à l’école, mes amies travaillent, etc. J’étais seule comme une grande.

Et c’est là que j’ai pensé à mon amie Fanny. Ma belle amie a perdu son fils adoré, décédé dans son sommeil, à l’aube de ses 16 ans. Soudainement. Sans signe avant-coureurs. Sans crier gare. Un choc pour tous. C’est comme une bombe jetée dans notre groupe de mamans tissées serrées. On se connaît depuis que nous sommes enceintes de nos premiers et ce beau grand garçon était l'un des premiers à naître… C’est en pensant à tout cela que je me suis mise à réfléchir davantage sur ce que je vivais au moment présent. Mes petits bobos ne sont rien comparés à la douleur que peut éprouver mon amie. Rien. J’avoue, aujourd’hui, j’ai pleuré. Beaucoup. Pas tant parce que physiquement c’était parfois douloureux ou parce que j’étais craintive, mais surtout parce que je pensais à elle, à son fils, à son conjoint et au papa de son fils. Je suis là, moi, me plaignant parce que j’ai peur des résultats, me sermonnant parce que je dois perdre du poids tout en souhaitant avoir un peu de compagnie, etc. Puis, il y a ma belle amie qui surgit dans mes pensées. Il y a son fils aussi. Ça remet en question beaucoup de choses. Je hais penser à l’adage qui dit : la vie ne tient qu’à un fil. Mauzus que j’haïs ça ! Mais en même temps, l’histoire de mon amie confirme que cette citation est tellement vraie…

À travers toute cette triste histoire, je ne peux m’empêcher de penser que l’on tient bien des choses pour acquises, comme la vie de nos enfants. J’ai aussi pris conscience que les émotions prennent une place considérable (pour ne pas dire toute la place) dans ce que nous vivons au quotidien, et ce, qu’elles soient positives ou négatives. Hier, outre la tristesse et l’angoisse au cœur, je me sentais coupable. La culpabilité d’avoir mal physiquement et moralement alors que mon amie vient de perdre son fils. Ma peine, sa peine. Notre peine. C’est l’ambivalence des sentiments. Qui suis-je pour dire que ma peine est équivalente à celle de l’autre ? Chacune vit ses émotions à sa manière et surtout, chaque personne a le droit de vivre ses émotions. Je ne pourrai jamais dire à Fanny que je la comprends, car je n’ai pas perdu un enfant. Je crois personnellement qu’on ne pourra jamais être dans les souliers de l’autre tant que nous n’avons pas vécu la même chose, tant que nous n’avons pas marché ensemble. Par contre, je peux lui dire que je suis de tout cœur avec elle et que je la soutiens dans l’épreuve qu’elle traverse. Courage ma belle !

Pour terminer, prenez quelques minutes et :

Dites à vos enfants comment ils sont la prunelle de vos yeux.

Dites à vos enfants que vous les aimez.

Dites à vos enfants que vous êtes là pour eux.

Aimez vos enfants et soyez présents pour eux.

Aimez vos enfants jour après jour comme si c’était le dernier.

Aimez vos enfants tout simplement.

Article rédigé par Carolyne Soulard
@SoulardCarolyne