Ma boule d’angoisse de Noël

Déjà plusieurs semaines avant Noël, elle était là. Elle m’accompagnait tout le temps, grossissant chaque fois que j’envisageais ma journée et ma soirée du 25 décembre. C’était l’an dernier. C’était le premier temps des Fêtes depuis notre séparation. C’était la toute première fois que je ne serais pas avec mes enfants durant une partie de cette période. En fait, leur père les prenait du 25 au 28.

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J’ai eu quelques invitations. Pour chacune d’elle, des enfants de l’âge des miens seraient présents. Bien gentil, mais je passe mon tour. Bien au-delà de la solitude, je sentais que j’avais failli à mon rôle. Mes enfants passeraient le 25 décembre sans leur mère. Sans leur mère pour les câliner, les taquiner, s’émerveiller avec eux devant les décorations, chanter et danser. Ils avaient 2 ans et demi et 4 ans. La boule d’angoisse, je vous dis.

J’ai fini par accepter une invitation. Une soirée sans jeunes enfants. J’ai parlé de mes bébés du début à la fin. Je n’ai trouvé aucun intérêt à personne. La discussion légère m’échappait. Je n’ai bu que la moitié de mon verre de vin. La chaleur que l’alcool donnait à mon cœur me faisait monter les larmes aux yeux.

Je suis rentrée chez moi, je me suis couchée en boule dans mon lit en attendant que ma détresse s’endorme.

J’avais pourtant tout prévu pour ces quelques jours : de la nourriture que j’aime et que je n’ai pas l’occasion de manger quand je suis avec les enfants, un nouveau vêtement d’intérieur, un après-midi au spa et de nouveaux livres, de la musique que j’aime. Le spleen revenait sans cesse. Au spa, des couples d’amoureux s’enlaçaient.

Quelle est la place d’un parent seul entre Noël et le Jour de l’an ? Bien que tout l’entourage veuille combler ce vide, rien — rien — ne remplace nos enfants.

En écrivant ces mots, je me rends compte que j’ai une chance merveilleuse. Mes enfants sont en sécurité avec leur père, adorés et ils ont du plaisir malgré mon absence. Ce n’est pas le cas de plusieurs autres. Pensons à la détresse des parents des enfants américains décédés quelques jours avant les vacances des Fêtes sous les balles d’un tireur fou. Pensons au père (et sa famille) des trois enfants de Drummondville. Pensons à leur grand-mère maternelle qui avait la responsabilité de surveiller leurs visites chez leur mère et qui se serait absentée.

Cette année, j’angoisse moins. Mais je sais que je trouverai ce moment difficile. J’ai fait le tour des épiceries fines, je me suis acheté quelques bons livres, des billets de ski, etc. Encore cette fois-ci, je vais me chouchouter et essayer de passer à travers cette épreuve sans trop de séquelles. Je vais cependant ajouter un rituel. À chaque moment d’émotion, j’allumerai une bougie en pensant à ceux qui ne reverront jamais plus leurs enfants. De cette façon, je réaliserai peut-être que les miens reviendront dans quelques jours et que nous pourrons, à nouveau, nous câliner, nous taquiner, nous émerveiller, chanter et danser.


Article rédigé par Catherine Lemire