Lorsque l'horloge biologique ne sonne plus

Aujourd'hui enceinte de 21 semaines, je le pense, l'affirme et le confirme : ce sera ma dernière grossesse.

Pour moi, concevoir un enfant n'est pas un problème. J'ai rencontré mon chum à 17 ans, au cégep. Cinq ans plus tard, nous savions que nous voulions avoir une grosse famille. Nous aimions nous répéter que nous aurions quatre beaux enfants. Deux ans plus tard, je suis tombée enceinte pour la première fois. Du premier coup, dès l'arrêt de ma pilule! Wow! Au troisième mois, nous avons appris lors d'une froide échographie, que le coeur du bébé ne battait plus. Trois mois plus tard, nous repartions la machine. Après 2 mois d'essais, j'ai eu la chance de tomber enceinte de fiston. Lorsque notre beau bébé a eu 15 mois, nous nous sommes dits que nous pourrions en fabriquer un autre. Le premier mois, au travers des rhumes et des otites, un soir de querelle et de réconciliation, ma poulette fut conçue. LA fois du mois que nous nous sommes retrouvés...! Presque 4 ans plus tard, la fatigue de la vie de famille accumulée nous a poussé à nous dire que nous mettrions le projet de faire un autre p'tit Bourgeois sur la glace pendant quelques années. Le destin en a cependant décidé autrement... Une p'tite vite sur le bras du divan au sous-sol, pendant que les enfants écoutaient un film à l'étage, nous a donné cette belle petite surprise qui se cache dans ma bedaine en ce moment.

 Crédit photo : Véronique Désormeaux

Crédit photo : Véronique Désormeaux

Oui, nous sommes de ces couples immensément chanceux pour qui créer la vie n'est pas compliqué. Vraiment pas compliqué. Tellement pas en fait que si on suit l'évolution de mes grossesses, notre prochain bébé pourrait être conçu seulement par un regard de mon beau barbu...

Pour moi, élever des enfants n'est pas un problème. Je pourrais facilement en avoir une douzaine et réussir à les aimer et à leur donner tous du temps de qualité. J'ai fait de mon rôle de mère mon métier, ma passion, ma vie. Je vis littéralement pour mes enfants. Et cela me rend heureuse et fière plus que n'importe quelle autre réalisation du passé.

Mon problème réside dans le fait de « porter » mes enfants. J'ai fait une fausse-couche au premier. J'ai accouché du deuxième à 34 semaines dû à un décollement placentaire. Lors de ma troisième grossesse, j'ai été alitée les 5 premiers mois, encore une fois dû à un décollement de mon placenta. Ma poulette est née à 36 semaines et j'ai fais une pré-éclampsie post-partum 48 heures après mon accouchement. Pour cette quatrième grossesse surprise, tout semble bien aller. Ma doc me dit par contre de me faire à l'idée, les chances sont fortes pour que j'aie un autre enfant un peu prématuré. Malgré tout je suis positive, craintive oui, mais positive. Au-delà de tous ces épisodes, j'ai deux magnifiques enfants en pleine santé.

Par contre, je ne peux ignorer les messages que me lance mon corps et je dois m'y résoudre, je suis faite pour concevoir et élever des enfants, mais pas pour les porter. En ce moment, mon corps en arrache. Tous les symptômes désagréables de grossesse sont présents de façon très agressive. Mais plus encore, mes hormones ne me donnent pas de répit et je trouve cela extrêmement difficile. Je ne suis pas l'ombre de moi-même. Je trouve vraiment pénible de ne pas donner à mes enfants ce à quoi je les ai habitué. Je suis une « over mom ». Je le sais et je l'assume très bien. Me reposer, très peu pour moi. Je crois que c'est ce qui joue le plus sur mon moral. Devoir écouter mon corps coûte cher à ma tête et à mon cœur.

La vie a été plus que bonne avec nous. Je ne tenterai pas le destin à nouveau. Je ne suis pas très « gamebleuse » au jeu de la vie. D'un commun accord avec mon fidèle amour, il passera sous le bistouri cet hiver. Et avec le sourire! Nous voulions quatre enfants au départ. J'ai eu quatre grossesses. Je pense bien que nous pouvons dire mission accomplie! Je ne croyais jamais que prendre cette décision serait aussi facile et surtout, me soulagerait autant. Contre toute attente, mon horloge biologique a cessé de sonner. Doucement, simplement. Voilà, nous serons 5 et ce sera très bien comme ça!       

Article rédigé par Véronique Désormeaux