Témoignage : Le premier amour

C’était dans les premiers jours de maternelle. Je vais le chercher un midi, et il me parle d’une jolie fille aux cheveux blonds qui s’habille en rose. Il soupire. Je le regarde du coin de l’œil, fort surprise. Il faut comprendre que mon fils a toujours été celui qui disait le genre de chose comme : « Beurk, c’est rose. Ouache, c’est une fille, c’est répugnant.  Etc. ». Bien entendu, intérieurement, je suis morte de rire. Tiens, tiens, tiens : l’arroseur arrosé.
 


Le temps file, et le sujet de la belle fille en rose revient de plus en plus sur ses lèvres. Elle est dans sa classe, mais il ne se souvient pas de son nom. Même s’il croit qu’elle s’appelle Émilie, il préfère qu’on ne la nomme pas, pour ne pas se tromper et être insultant à son égard, selon lui.  Il me confie que son cœur bat vraiment très vite lorsqu’elle est près de lui.

Le jour de l’Halloween, mon Robin des Bois rentre de l’école en dansant. Sa belle Émilie (c’est son nom, finalement) l’a invité à danser. Elle lui a même donné un baiser. Mon fils vole littéralement, lance son chapeau à plume en l’air et se retourne en volte-face vers moi : « Maman, tu avais raison, c’est tellement cool d’être amoureux ! » Il continue ensuite le chemin en criant à tout vent qu’il l’aime, qu’il l’aime, qu’il l’aime !

Ce soir-là, en faisant notre tournée de bonbon, on apprend où elle habite.

Les mois se suivent, et l’amour de mon fils pour sa belle est constant et grandit toujours. Elle aussi, d’ailleurs. J’ai pu le constater à la fête d’anniversaire de fiston. Ils prennent bien soin l’un de l’autre. Ils jouent avec les autres, ils sont quand même indépendants, mais chacun jette un coup d’œil de temps en temps et accourt au besoin.

Ça faisait longtemps qu’il voulait lui cueillir une fleur. Cependant, en hiver, c’est assez rare… Je lui ai proposé d’aller en acheter une, qu’il n’avait qu’à la choisir et que je paierais. Sa réponse : « Merci, Maman, mais c’est à moi de me charger de tout ça. » Il a vidé sa tirelire.

Lorsqu’il est allé lui porter dans sa boîte à lettres (un midi qu’il savait qu’elle mangeait à l’école) avec un dessin plein de beaux cœurs roses, il était très timide. Le dernier coin de rue a dû prendre dix minutes à franchir. Il a rapidement déposé son colis et est allé se cacher en vitesse derrière une haie.

Le lendemain, sa belle le remerciait en arrivant à l’école. Mon fils était rempli de fierté. Il avait vaincu sa timidité et il obtenait le résultat escompté.

À le regarder aller dans cette histoire, je suis très fière de lui. Il traverse des étapes qui lui donneront confiance. Je suis aussi bien contente pour lui et, je l’avoue, je trouve ça telllllllement mignon ! Mais au-delà de tout ça, ce dont je suis vraiment le plus heureuse… c’est d’avoir pu transmettre à mon fils l’envie de l’amour et la joie que cela apporte dans un contexte de monoparentalité depuis son tout jeune âge. Ça, je me donne une tape dans le dos parce que ce n’était pas évident.

Article rédigé par Catherine Lemire