Le poids des autres

Je suis une femme, début trentaine, jeune mère de famille. Je suis jolie, sans plus. Les hommes se retournent rarement sur mon passage mais je suis satisfaite, en fait la majorité du temps, de mon apparence physique. Oui j'ai possiblement une dizaine, voir une quinzaine de livres en plus qui se sont accumulées au fil des années et de mes grossesses, mais je vis très bien avec ça. Oui j'ai du p'tit gras de cuisses, du p'tit mou d'ventre et du gras de bye-bye, pis après? J'ai appris à m'aimer parce que j'ai choisi une vie de bonheur. Et à qui peut-on demander de nous aimer, si on ne s'aime pas nous-même à la base? Je ne me bourre pas la face dans le sucre au quotidien, mais si j'ai envie d'un cornet, d'un gâteau ou d'un biscuit, je le savoure absolument sans gêne et sans regret. Une vie de régime, très peu pour moi. Une vie en santé par contre, ça oui! Et pour moi la santé passe aussi par le coeur et la tête, pas juste par le corps.

Mais ce n'est pas pour vous parler de mon estime personnel que j'écris ces quelques lignes aujourd'hui. Je tiens à aborder un sujet plutôt délicat, parfois tabou et tellement destructeur. Ce que je vais vous raconter se passe au coeur de ma famille. Je vous le partage oui pour me sentir moins seule, mais surtout pour que tous ensemble on sonne des cloches autour de nous pour que ça cesse. Je sais que ça se passe de la même façon dans plusieurs familles. Il est temps de faire sortir le méchant!

Je viens de vous le dire, je suis satisfaite de mon apparence physique. Cependant, il semblerait que MON apparence physique ne satisfasse pas tout le monde. En fait, pour faire court, mon apparence physique ne satisfait pas mon père et sa femme. Pour eux, il n'y a qu'une forme de beauté : la fille retouchée dans les magazines. That's it. Clairement, je ne ressemble en rien à ce modèle. Ni la majorité des femmes non plus de toute façon. Mon charmant papa est loin d'être un playboy pourtant et sa femme, mi-cinquantaine, à la recherche de son corps de vingt ans, sous alimentée et pouvant entrer en compétition avec Barbie, n'est pas digne de mention non plus. Dans une réunion de famille, me faire appeler « toutoune », me faire parler de « mes grosses boules », me faire dire que je devrais me reprendre en main, que prendre du poids PENDANT une grossesse n'est pas une raison valable, me faire regarder croche parce que j'ose reprendre un deuxième morceau de gâteau à mon anniversaire, me faire dire lors d'un brunch de type buffet dans un resto « que c'est certain que si tu prends une deuxième assiette on ne se demandera pas pourquoi tu as ces fesses-là », font partie de ma vie. Maintenant ces phrases-là, je ne les entends plus vraiment. En fait, je me force à le faire. Même que je réponds par la bouche de mes canons occasionnellement, mais pas souvent. J'ai essayé de leur faire comprendre que j'en avais plus qu'assez de ces petits commentaires déplacés de façon directe, en passant par l'humour, avec quelques larmes, en me fâchant tout simplement... Rien n'y fait. Alors j'ai lancé la serviette et je me suis juste bâti une carapace que je sors lors de ces réunions familiales.

Je ne suis pas la seule à vivre ce problème par chez nous. Mes sœurs aussi y passent. L'une plus que l'autre même! La plus jeune de nous trois est plus ronde et absolument magnifique. Par contre, imaginez ce par quoi elle est passée depuis son adolescence... Que dis-je, même depuis son enfance! C'est de la véritable torture! Encore heureuse qu'elle n'ait pas développé un problème d'anorexie et qu'elle soit bien dans sa peau! 

Nous, femmes et adultes, avons appris à vivre avec et contre toutes attentes, nous sommes à l'aise avec notre corps aujourd'hui. Là où le bât blesse actuellement, c'est que maintenant nous avons des enfants. Des garçons et des filles qui commenceront inévitablement à comprendre ces commentaires et même possiblement à en recevoir eux-mêmes de la part de leurs grands-parents... Et ça c'est juste non. NON. Je ne tolérerai jamais que l'on juge mes enfants sur leur apparence physique. Encore moins si cela vient de personnes qu'ils aiment et en qui ils ont confiance. Déjà bébé par exemple, ma fille était une jolie poupée bout'chou bien potelée. « Ah qu'elle est belle notre grosse fille! Pas grave si elle est grosse, elle va toute perdre ça ce gras de bébé là! » Pardon?! Oui, elle le perdra peut-être, mais peut-être pas aussi et ce n'est pas plus grave!! Même pas un an de vie et déjà on lui parle de son apparence!! Mon fils qui vient de commencer la maternelle a une petite bedaine. Il est TRÈS loin d'être en surpoids, entendons-nous! « Ben là! Va falloir faire attention à cette p'tite bedaine là si tu veux pogner avec les filles!! » QUOI?!? Quand ce type de phrase est lancée à l'endroit de mes enfants ou de mes nièces et neveux, je deviens une véritable lionne. Mais on dirait qu'il n'y a pas de réception à l'autre bout de la conversation! Ils ne comprennent pas ma frustration. Pour eux c'est normal et ce n'est pas méchant. Pour l'instant nos enfants sont encore jeunes et les regardent plutôt en sourcillant sans trop comprendre le fond de leurs pensées. Mais la pré-adolescence n'est pas si loin...! Il faut que ce genre de commentaires cesse! Je ne sais plus comment aborder le sujet avec ces gens bornés. Je ne souhaite pas me retirer et éviter ces réunions familiales, mais en aucun cas je ne veux laisser des traces permanentes dans la tête et dans le cœur de mes enfants. Leur estime personnelle est un trésor primordial à protéger pour moi. J'ai travaillé fort pour raviver la mienne. Je ne souhaite pas qu'ils aient à le faire eux aussi plus tard. Le poids des autres sur moi est très lourd à porter. Personne ne devrait avoir à vivre avec ça. Mais comment leur faire comprendre, ça c'est une autre histoire...

L'auteure souhaite garder l'anonymat