Le jugement entre mamans

Quand on donne la vie, on devient une experte. On est experte dans notre parcours de vie, dans notre approche de l’accouchement et de tout ce qui y est relié. On devient tranquillement experte de notre enfant aussi. C’est vrai, on est la meilleure personne pour le comprendre (même si parfois on ne le comprend pas), pour le deviner, pour en prendre soin.  

  Crédit photo : Catherine Galarneau


Crédit photo : Catherine Galarneau

On lit des livres (ou pas), on écoute les autres raconter leurs histoires, on regarde le développement des autres enfants, mais on se dit : « À quoi bon ? Chaque enfant est différent. »  

Et là, on rencontre d’autres mamans (réellement ou virtuellement) et on répand des conseils parfois non sollicités, on raconte nos histoires à qui veut l’entendre, on relate nos expériences dès qu’on entend les mots : accouchement, bébé ou allaitement. On analyse les comportements des enfants autour en pensant : « J’aurais pas fait ça, moi ! » ou « Je n’accepterais pas ça du mien ! » ou « Mon enfant ne sera pas élevé comme ça, c’est sûr ! » On critique les interventions et les agissements des autres parents.

On pense que ces autres mamans pensent comme nous parce que, après tout, c’est ce qu’il y a de mieux [pour notre enfant].

Dans la vie en général, mais encore plus dans la vie de parents, on fait des choix. On choisit ce qui est important pour nous, ce sur quoi on met la priorité dans notre vie. On décide de suivre quelques recommandations plutôt que d’autres. On décide de respecter telle ou telle façon de vivre. Manger bio, faire du sport, aller au musée, acheter équitable, faire du portage, du cododo, laisser pleurer bébé, allaiter, penser écologie, conduire une camionnette, inscrire les enfants à plein d’activités, pratiquer la simplicité volontaire, etc. La liste des choix possibles est infinie. 

Nos choix ne seront jamais ceux des autres. Comment le pourraient-ils ? On est tous différents, notre situation de vie n’est pas la même. Par exemple, ma belle-sœur m’a toujours dit : « Un bébé n’a pas de rythme, c’est toi qui lui donnes, donc il ne fait surtout pas le nourrir la nuit pour éviter de lui créer ce besoin. » Ses trois garçons ont fait leur nuit très tôt ! Tous les trois sont nés avec un poids supérieur à 9 lb. Les miens ont eu la jaunisse. Ma deuxième est née avec un faible poids, un petit 5 lb 11 onces. Dans les trois cas, l’équipe médicale a insisté pour que je les réveille au maximum toutes les trois heures pour les nourrir. C’était pour leur santé, leur développement. Mon premier et ma troisième ont eu besoin d’environ trois semaines pour reprendre leur poids de naissance et la deuxième, une bonne semaine. Qui de nous deux est la meilleure mère ? La réponse va de soi : aucune des deux ou les deux.

Quand on connaît, on ne juge pas, on accepte les manières différentes : elles ont leurs raisons. Pourquoi dans ce cas, quand on ne connaît pas, devient-on plus dure ? On ne sait rien des circonstances entourant ce choix. Pourquoi se permet-on de juger et de critiquer une maman qu’on croise au centre d’achat ? Et celle qui marche dans la rue ? 

Je crois aussi que bien souvent on voit du jugement où il n’y en a pas. On s’imagine que le sourire de l’une, que le regard de l’autre, que les non-dits sont tous des attaques personnelles. Je pense que j’ai parfois donné cette impression sans qu’il en soit ainsi. Et l’inverse aussi !

C’est déjà assez difficile comme ça d’élever nos enfants à notre époque. Soyons solidaires entre nous plutôt que critiques ! 

Article rédigé par Catherine Galarneau