La fois où j'aurais pu me sentir coupable

L’été dernier, j’aurais pu me sentir coupable. J’aurais pu avoir l’impression d’être une mauvaise mère, d’avoir failli à ma tâche qu’est celle de veiller sur mes enfants.

C’était un lundi soir. Je discutais avec ma mère via Skype, alors que mon conjoint préparait le souper. Nos deux plus vieux, âgés alors de deux et quatre ans, étaient juchés sur des tabourets afin d’aider leur père. La petite de 14 mois a voulu faire comme eux. Mais elle est tombée de son tabouret, en voulant y monter. Elle est mal tombée.

N’ayant pas trouvé de blessure apparente et expliquant son état par la chute, nous n’avons pas couru à l’urgence. Le lendemain, par contre, voyant qu’elle ne pouvait prendre appui sur son bras, je l’ai emmenée à la clinique, se faire examiner. Le médecin n’a pas davantage trouvé de blessures, mais a demandé une radio, pour être certain. Elle a même demandé une radio de chaque bras, pour pouvoir comparer.

Mais la technicienne n’a pas fait de rayons X des deux côtés. Elle a tout de suite vu la fracture. Quand elle m’a dit : « la fracture est très claire, ta puce ne pleure pas pour rien » c’était comme recevoir un coup dans le ventre. Mon bébé…

Ce n’est que le lendemain que le médecin a rappelé, pour nous envoyer à l’hôpital consulté l’orthopédiste qui déciderait de la suite. Et ce rendez-vous était prévu le lendemain.

Jeudi après-midi, elle est ressortie de l’hôpital avec un beau plâtre rose, tout petit. Nous y sommes retournées toutes les deux semaines pour prendre des radiographies et rencontrer l’orthopédiste, qui a finalement décidé de lui retirer son plâtre au bout de six semaines! 

Pendant ces six semaines, mais plus particulièrement dans les premiers jours, je me suis demandé si j’avais pu agir autrement ou faire quelque chose pour lui éviter cela. En fait, j’avais l’impression que c’était la situation parfaite pour culpabiliser toute maman qui se respecte. Mais pas moi. Je me suis vite pardonné d’avoir été loin de l’action, d’avoir laissé les tabourets accessibles (ils sont rangés depuis), de ne pas être allée à l’urgence le soir même de la chute. Je me suis aussi demandé ce que je dirais à une amie dans la même situation. Probablement qu’un accident est vite arrivé, qu’elle ne pourrait pas protéger sa fille de tout. Et surtout, que la chute a été mauvaise, que ce n’était pas la première fois qu’elle y montait (et chutait) sans se blesser sérieusement.

Pourquoi entretenir ce sentiment de culpabilité? J’ai choisi de ne pas me sentir responsable. J’ai choisi d’agir afin que cela ne se reproduise plus, bien entendu. J’ai choisi d’améliorer ma vigilance.

J’ai le cœur à l’envers quand je repense à mon bébé, qui a appris à marcher avec un plâtre au bras, qui a regardé son frère et sa sœur patauger dans l’eau alors qu’elle devait s’en tenir loin, qu’on a empêché de jouer comme elle le voulait afin de préserver son petit bras (pas d’eau, de sable, de nourriture dans le plâtre!). Mais je me dis simplement que son chemin de vie est celui-ci. Elle a, elle aussi, des choses à apprendre, à vivre. D’elle-même. Je ne pourrai pas la protéger de chaque obstacle, de chaque chute. Mais je serai là, toujours pour l’aider à se relever.

Article rédigé par Catherine Galarneau