Infertilité: témoignage de Karine

C’est en 2008 que tout a débuté. Mon conjoint et moi, avons convenu qu’il était temps pour nous de fonder une famille, notre grand rêve. Au bout de quatre mois sans menstruations, je décide d’aller consulter. On me prescrit des tests sanguins, me demande de faire des courbes de température et me fais une référence pour aller voir un gynécologue. Sur la référence, mon médecin de famille inscrit ‘’infertilité’’. Je savais déjà que quelque chose clochait mais pour la première fois, on me le confirme noir sur blanc : je suis infertile.  Ça me fait mal en dedans.

Je rencontre finalement la gynécologue. Après une série de test pour mon conjoint et moi, elle nous annonce que le problème vient de moi. J’ai le syndrome des ovaires poly kystiques. On débute donc un traitement hormonal. Les premiers essais ne sont pas concluant. Je n’ovule pas et je dois prendre des hormones pour déclencher mes menstruations entre chaque dose. À chaque rendez-vous, on augmente les doses et on me prescrit divers tests pour comprendre pourquoi je ne réagis pas au traitement. Les pilules me donnent des maux de ventre, des bouffées de chaleur, des étourdissements, de la diarrhée, des sautes d’humeurs. Je souhaite quand même qu’on continue, même si  c’est difficile physiquement et mentalement, je suis prête à tout pour fonder notre famille. 

Plus on augmente les doses, plus les effets secondaires se font sentir.  Après un bon moment sous traitements, les ovulant me font faire de l’anxiété et des épisodes de dépression de plus en plus marqués. Je décide donc d’essayer les traitements d’acupuncture pour m’aider à diminuer ces effets secondaires. Au bout de quelques mois de traitements de médecine traditionnelle combinés à l’acupuncture, surprise! Mon corps décide de réagir et d’ovuler. Un vent d’espoir revient mais, je ne deviens toujours pas enceinte malgré le fait que j’ovule.

Le temps est long! J’ai les émotions à fleur de peau. Mon gynécologue me parle de clinique spécialisée en fertilité, d’insémination artificielle, de fécondation in-vitro. Tout ce tourbillon est tellement gros. J’ai l’impression qu’on me dit que je ne serai jamais maman. Je pleure de plus en plus souvent. C’est de plus en plus difficile de côtoyer mes amies qui sont enceintes ou nouvellement maman. Chaque fois que je les vois, je suis déchirée entre mon bonheur pour elles et le fait que ça me rappelle que moi, je n’arrive pas a concevoir.

Je deviens de plus en plus en colère. Je suis en colère contre mon corps. Pourquoi mon corps ne fonctionne pas normalement? Je me sens handicapée. Je suis en colère contre la vie en général, contre les délais d’attente pour l’accès en clinique de fertilité, contre toutes les personnes que je rencontre et qui veulent être encourageants et qui me disent ‘’Arrête d’y penser, ça va arriver’’ ou tout autre phrase toute faite du genre. Plus le temps avance, plus je m’isole. Je suis triste, en colère, amère, révoltée. Je me sens incomprise par les gens autour de moi. Mon cœur porte tellement d’émotions, de rêves, d’espoir, de déception.

A l’automne 2010, presque 2 ans plus tard, je deviens finalement enceinte mais, le petit ange s’envole tout aussi rapidement : fausse-couche précoce. Je suis triste, oui, aussi, très en colère encore une fois contre mon corps. Je lui en veux de ne pas avoir su faire grandir cette petite merveille qui s’est enfin installée en moi. En même temps, j’essaie d’être positive entre les moments de découragements. Je continue donc les traitements d’acupuncture et les traitements hormonaux. Ces derniers sont de plus en plus lourds sur mon corps et mon cœur.

J’ai peur car j’ai l’impression que je m’enfonce vers une dépression. Le découragement est à son comble. Puis, un matin, je réalise que je suis en retard…. Je n’y crois pas. Ça fait une semaine que je regarde ma courbe de température et que j’attends les signes qui annoncent le déluge. Durant que mon chum dort, je fais un test de grossesse. J’ai peur. J’en ai fait tellement souvent et j’ai été déçue tellement de fois. Ça y est. Il est positif. Le 18 décembre 2010, après 2 ans d’essais, je suis enceinte! Je n’y crois pas.

Cette fois, c’est une belle grossesse qui m’attends et qui m’a permis de donner naissance le 20 août 2011, au plus parfait des petits bonhommes.  Aujourd’hui, même si je suis une maman des plus comblée, même si je remercie la vie chaque jour pour ce beau cadeau, je me décris encore comme une infertile. Pourquoi? Tout simplement parce que même si l’infertilité a pris une petite pause pour me permettre de devenir maman, la bataille sera toujours à recommencer.

Je suis et je resterai toujours infertile. Il m’arrive encore parfois d’être en colère contre la vie, quand je vois des couples qui se battent pour avoir un enfant alors que d’autres en mettent au monde et leurs font du mal. J’enrage lorsque j’entends les gens me dire que le prochain bébé viendra tout seul, que je n’aurai qu’à ne pas y penser comme lorsque je suis tombée enceinte. J’en veux encore souvent à mon corps qui ne fonctionne pas mieux depuis l’accouchement. Je ne suis pas totalement guérie mais une chose est sûre, le fait d’avoir mon fils dans ma vie, m’apporte le plus grand réconfort et c’est cette immense joie que je souhaite à tous les couples infertiles peu importe leur âge ou leur histoire.

Article rédigé par Karine Brisson