Il était une fois... des souvenirs d'enfance!

Dans une petite ville de l'Estrie, à la jonction entre le Centre-du-Québec et la Montérégie, vivait un vieil homme aux cheveux gris et à la peau très ridée, que les jeunes appelaient « Grand-pâpâ » (lire grand-popo). Connu de tous comme étant « Ti-Red »  (avant d'être gris, il était roux!) ou « Msieur Girard d'la peinture », cet homme, entrepreneur, n'avait conservé à sa retraite qu'une seule de ses entreprises : l'élevage de chinchillas.

Très avant-gardiste (pour ne pas dire excentrique!), Grand-pâpâ faisait toujours les choses avant tout le monde, avait en sa possession les derniers gadgets et défiait les règles aussi!  Combien de fois aura-t-il dit, des étoiles dans les yeux en regardant son plant de marijuana dans le salon, « je ne sais pas ce que c'est, mais c'est une belle plante verte ! »

C'était un homme au (trop) grand cœur qui accueillait les sans-abris dans sa maison pour les nourrir et les vêtir, qui leur donnait parfois même la clé et/ou laissait la porte de la maison déverrouillée, pour s'étonner ensuite d'avoir été cambriolé (souvent!!!). Mais son grand cœur aura aussi fait en sorte que, quelques jours après son mariage avec sa Denizzz, il aura adopté la demi-sœur de ladite Denizzz dont la mère était décédée en accouchant. 

Ce bébé-là, c'était ma mère.

Et moi, j'ai été la première petite-fille de Grand-pâpâ. Bien que n'ayant aucun lien de sang avec cet homme, j'ai sans aucun doute été la chouchoute de ses 5 petites-filles. (Ce « statut » m'aura donné quelques privilèges, notamment celui de me proclamer « propriétaire » de tous les bébés chinchillas de couleur blanc ou crème!).

Chez-lui, c'était un zoo où se côtoyaient faisans, paons, oies, perdrix, tourterelles, cochons d'Inde et lapins à ne plus savoir quoi en faire, poules et quelques douzaines d'espèce d'oiseaux différents, mais c'est aux chinchillas qu'il avait toutefois consacré sa vie.  Son « ranch » étant à quelques mètres de ma maison, ma sœur et moi y allions presque tous les jours pour nourrir les rongeurs et parfois en ramener un ou deux dans le salon, ce qui déplaisait énormément à ma mère!  Il nous apprit très tôt à différencier mâles et femelles et à déterminer si la fourrure était « prête » ou pas.  Les chinchillas étant élevés pour la fourrure, il lui arrivait à l'occasion de préparer les peaux lui-même sur place, et ma sœur prenait plaisir à amener les petites filles du voisinage assister à la tâche! Moi, je n'ai jamais pu...

Grand-pâpâ, pour les enfants du quartier, était le monsieur cool. Il lui arrivait fréquemment d'embarquer les enfants de la rue dans la boite de son pick-up pour aller à la COOP du village voisin chercher des poches de nourriture à chinchillas. Que de plaisir on avait à se faire brasser de tous les côtés au retour, assis sur les poches de nourriture (vive les règles de sécurité!!!). Du bonheur à l'état pur! Mais pas pour les mamans...  parce que quand il partait avec les enfants, il n'avisait pas les parents! Combien de fois est-ce que ma mère a pu crier après lui parce qu'il nous avait amenés sans rien dire à la COOP, ou à la boulangerie manger des retailles de mille-feuilles juste avant le dîner, ou chez son « chum » prendre un verre... Parfois, ma grand-mère appelait ma mère pour lui dire de ne pas s'inquiéter, « les filles » étaient chez-elle. Ma mère sortait alors aviser les voisines que leurs filles étaient chez ses parents...

 Crédit photo : Annie Goudreau

Crédit photo : Annie Goudreau

Petite fille, j'ai vécu des moments avec cet homme excentrique que la plupart des gens ne vivront jamais. À mes yeux, il était vraiment le meilleur des grand-pâpâ, et je ne comprenais pas pourquoi ma mère était si souvent en colère contre lui. Ce n'est que beaucoup plus tard, quand j'ai eu des enfants et que lui n'était plus là, que j'aurai compris!

Georges-Arthur Girard, vieil excentrique aux cheveux gris et à la peau très ridée, tu m'auras appris la valeur du travail, mais surtout, tu m'auras transmis ton amour des animaux et ton ouverture aux autres, peu importe la nationalité, la religion, l'origine ou la classe sociale! 

Merci d'avoir créé des souvenirs dans ma tête...

Ta p'tite secrétaire,

Annie Goudreau