Famille recomposée- témoignage de Nancy

Mon conjoint et moi nous nous sommes rencontrés il y a 2 ans.
 
J'étais séparée du papa depuis 2 ans et j'habitais seule avec mes fils de 11 ans et 5 ans. Le papa les voit quelques fois, mais pas de façon assidue car il travaille à 12 heures de route. J'ai donc la garde à temps plein. Mon rêve: refonder une famille, cette fois-ci avec le couple qui fonctionne!
 
Mon conjoint avait 2 garçons de 2 et 4 ans, récemment séparé de la maman. Une "bonne séparation", les 2 conjoints se parlent et ils ont 50% de la garde. Son rêve: revivre une vie de famille...
 
Nous avons décidé d'aller habiter ensemble après une année de fréquentation. Ce fut rapide, mais nos deux vies de fou de familles monoparentales faisaient que l'on ne se voyait pas souvent et toujours fatigués (2 maisons, 2 emplois temps plein, chacun nos enfants, etc.). Je dirais aussi qu'avec des enfants et en étant séparé, on fait des choix de vie plus rapidement, car on pense "que l'on sait ce qu'on veut vraiment". De plus, je dois avouer que je trouvais très difficile la vie de monoparentale dans les conditions dans lesquelles j'étais (travail exténuant, instabilité).
 
Donc avec un peu, beaucoup de naïveté et d'espoir, en croyant que la discussion était la solution à tout, nous avons acheté une maison ensemble l'an passé. Présentement, mes fils ont 7 et 13 ans, les siens ont 4 et 6 ans.
 
Nous voulions un nouveau lieu pour notre nouvelle vie. Les critères d'achat de la maison: chacun sa chambre, et personne dans le fond du sous-sol. Nous avons trouvé une maison "split" sur 4 étages. En haut, nous et les fils de mon conjoint, en bas, mes fils et la salle d'ordi. Au milieu, le salon et la  cuisine. Et, dans le fond, le sous-sol. Ces détails seront importants dans la suite de l'histoire. ;)
 
Les débuts ont quand même bien été. C'était l'été, les enfants profitaient de la piscine. Par la suite, nos journées, soirées étaient plus difficiles qu'agréables, voici pourquoi:
 
Nous nous sommes rendus compte que nos valeurs éducatives, semblables en discussion, étaient différentes en réalité. Par exemple, le papa est beaucoup plus sévère que moi, ce qui a fait réagir mes enfants...et moi-même au début. Parce que non seulement on découvre le chum quand on habite avec lui (cela vaut aussi pour les gens sans enfants), nous avons aussi dû découvrir 6 êtres différents, avec des valeurs différentes et surtout, un passé différent. 
Mon chum, qui avait ses soirées libres 50% du temps avant notre cohabitation a eu de la difficulté à "participer" à notre vie de famille lorsque ses enfants étaient absents. S'occuper de mes enfants lui faisait prendre conscience qu'il s'ennuyait des siens... et que ce n'était pas ses enfants. Et c'est là que j'ai réalisé qu'il n'était pas leur papa et qu'il ne les aimera sans doute jamais aussi fort qu'un parent aime son propre enfant. Du moins, pas inconditionnellement. Par exemple, quand notre enfant a des "lacunes", on l'aime quand même. Quand un enfant avec qui tu n'as pas encore développé de lien significatif a des "lacunes" qui t'énervent en plus, tu deviens plus vite exaspéré. Au début j'ai trouvé cela difficile et j'étais déçue, mais finalement, on profite de ces soirées en famille monoparentale!
 
Notre principale crainte était que les enfants entre eux ne s'entendent pas. Mais, au contraire, ce sont eux qui ont eu le moins de difficulté à s'adapter, à part mon fils de 7 ans. Souvent, c'est plus facile avec les 4 enfants...qui s'amusent ensemble. Étrangement, il y a moins de chicane que lorsque les 2 frères sont tout seuls.
 
Chez moi, le problème fut au niveau beau-parent-enfant. Mon conjoint et mon fils de 7 ans ont de la difficulté ensemble. En partie parce que mon fils semble avoir un conflit de loyauté avec son propre papa. Avec mon adolescent de 13 ans, contrairement à ce qu'ils disent dans les livres, c'est avec lui que ça va le mieux.
 
Le seul hic avec les enfants, c'est le manque de "liberté" quand mes beau-fils sont à la maison : étant plus petits, ils imitent les plus grands continuellement. Et les plus grands sont en quelque sorte "obligés" de s'adapter aux plus petits. Ce qui fait que si fiston veut faire un jeu tranquille hors de sa chambre, il voit arriver dans la cuisine les 2 autres petits et on entend: « moi aussiiii! ». Mes fils me disent que parfois "ils étouffent". Ils n'ont pas eu les temps de s'adapter à l'arrivée de 2 petits frères, comme lorsqu'on les met au monde. Eux, ils sont arrivés déjà tout formés, avec leur propre caractère! ;)
 
Pour moi, le plus difficile a été de réaliser que les beaux-enfants ne sont pas nos enfants. Je ne pouvais pas remplacer le papa absent comme ça, si facilement. Parfois, les choses que mes enfants font et qui me laissent neutre irritent mon chum, et vice-versa. Par exemple, mes garçons semblent trop actifs pour mon chum, et ses enfants pleurent beaucoup selon moi. Des détails du quotidien qui augmentent la tension familiale. L'autre aspect négatif est la présence continuelle de l'ex qui appelle qui vient porter des trucs, qui communique avec mon conjoint. C'est très normal et tant mieux pour eux, mais dans ces moments, notre complicité de couple en prend un coup. Par exemple, ce matin, en se levant, ils l'ont appelé pour lui chanter bonne fête. Cet été, ils passeront des soirées de match de soccer ensemble pour leurs enfants. Et lorsque vient le temps de la rentrée scolaire, mon chum est pris entre moi et mon fils...et son fils et sa mère. Mon fils et moi nous nous ramassons donc seuls, puisque le papa, et c'est normal, est avec son fils. Ce sont ces petits moments qui te remettent la réalité en pleine face : non, ce n'est pas une famille où les 2 parents sont présents, de façon complice, en tout temps.
 
Autre fait que nous n'avions pas prévu : j'ai le sentiment que nous sommes parfois en "compétition" en ce qui concerne nos 2 fils du même âge (6 et 7 ans). On regarde l'éducation de l'autre et on est plus susceptible quand l'autre nous reproche un fait.
 
Donc, parce que nous avons trouvé cela beaucoup plus difficile que prévu, j'ose l'avouer, notre couple en a pris un solide coup. Nous voyons présentement une psy du couple pour tenter de mieux communiquer au sein de la famille. Je ne sais pas encore où cela va nous mener, nous avons décidé de prendre la vie au jour le jour. Pas de projet commun à long terme.
 
Présentement, la dynamique qui s'est installée dans notre famille est "2 familles monoparentales qui cohabitent sous le même toit". Le soir, après le souper, nous allons chacun à nos étages avec nos enfants faire des jeux et des routines dodo. Ensuite, une fois les enfants couchés, nous revenons au salon.
 
Je crois que c'est mauvais pour la dynamique familiale, mais notre psy a dit que, si cela était correct pour nous, pourquoi pas. C'est peut-être notre façon à nous de s'adapter.
 
J'ai également dû consulter une psychorééducatrice pour mon fils de 7 ans qui a réagit et réagit encore, il résiste à s'intégrer. C'est là qu'elle a vu que fiston avait un bon conflit de loyauté entre le papa et le beau-papa dans sa tête. Il faut dire que le papa les voit environ une fois par mois seulement.
 
Un des points positifs fut la stabilité que la vie de 2 parents apporte. Lorsque j'étais monoparentale, j'arrivais tard et on soupait seulement à 3. Maintenant, on soupe en famille et ça se passe bien. J'ai aussi la sécurité de la présence du conjoint. Si j'ai une sortie le soir, je sais qu'il y a quelqu'un à la maison.
 
Voilà mon témoignage. En me relisant, il semble plus décourageant qu'encourageant, mais nous en sommes au début de la cohabitation. Si le couple survit, les trucs familiaux qui accrochent devraient se placer avec le temps...comme ils le disent si bien dans les livres. ;)
 
Le seul conseil que je peux donner aux parents qui veulent refaire leur vie : la famille recomposée ne sera jamais simple comme la famille nucléaire. Il faut l'accepter d'avance et faire son deuil de la famille nucléaire. Et si maman est heureuse, les enfants le seront. Si les parents ont des tensions, malgré leurs bonnes paroles et leurs bons gestes, les enfants le ressentiront.