Être une éducatrice... avant d’être une maman

Je ne suis pas encore maman. La vie m’a offert 2 belles étoiles qui vont veiller sur moi mais pour l’instant, je ne peux pas encore bercer « mon enfant ». Je me fais appeler très souvent « maman » cependant.

« Ahhhhhhh tu vas voir, l’amour que tu ressens pour ton propre enfant c’est in-des-crip-tible!!! » Ça, je me le fais dire trop souvent. J'acquiesce mais dans mon cœur, voici ce que je me raconte...

Et toi, le sais-tu ce que c’est d’aimer in-con-di-tio-nel-le-ment l’enfant de quelqu’un d’autre ? Je pense que tu ne peux pas mesurer (comme je ne peux pas le faire pour l’amour mère-enfant) l’ampleur de ce sentiment. Imagine la chance que j’ai d'avoir 6 tout-p’tits avec qui passer mes journées. 6 tout-p’tits qui me confient tous leurs soucis, bobos et rêves. Je passe au travers de mon 7 h à 17 h avec des petits êtres uniques et merveilleux. Je peux les bercer, les câliner, les bécoter, leur apprendre à marcher, à manger, à parler et à écrire. Mon travail à moi c’est d’aimer des enfants qui ne sont pas les miens mais que la vie aura placés sur ma route.

Je ne le dirai jamais (ne le répétez surtout pas… je vous fais confiance !) mais la gamme d’émotions par laquelle je passe durant mon parcours avec un enfant est à la fois exceptionnelle et accablante. Je suis heureuse de les voir arriver le matin, émue de les voir partir le soir. Je suis fière de les voir apprendre à marcher et attristée de les voir quitter pour l’école. Je suis épuisée de leur terrible two et motivée par leur phase je-veux-tout-apprendre. J’ai pleuré chaque fois qu’un enfant a dû quitter mon service de garde. Parce qu’il aura pris son envol vers une autre garderie-de-grands ou parce qu’il aura déménagé. Chaque fois, j’ai pleuré.

Tu ne le sais pas toi, mais je passe mes SOIRÉES à parler des enfants. « Regarde mon amour, mon Raphaël m'a fait un dessin aujourd’hui. Viens voir le vidéo que j’ai fait du petit qui court dans l'eau dehors! » (Merci mon homme d’endurer ça !) Il m’arrive de prendre un verre de vin et défiler la page Facebook de la garderie pour revenir en 2014 et y relire ce que j’avais publié. Et je pleure encore ! « Mon Dieu que je m’ennuie des tout-p’tits de la garderie de Sherbrooke. Trop drôle ce vidéo de Stella qui me raconte une histoire ! »

Et tu penses que je suis folle mais il y a encore pire. Imagine-toi que j’ai un album dans lequel je garde les dessins, cartes, pétales de fleurs ou cadeaux qui m’ont été offerts depuis 7 ans. Est-ce qu’on fait aussi ça quand ce sont nos enfants ? (Note à moi-même : bâtir un deuxième étage pour le rangement des souvenirs.)

J’ai aimé et j’aimerai pour toujours les enfants qui ont passé du temps dans mon service de garde. Plus qu’une maman aime ses enfants ? Non, sûrement pas ! Mais il y a une chose que tu dois savoir… ces enfants-là, qui ne sont pas les miens, partent un jour. Si on fait le calcul, j’en suis à un peu plus de 25 peines d’amour depuis 7 ans. Je fais le plus beau métier du monde même si je dois avoir le cœur brisé chaque fois.

Stella, Loïc, Raphaël, Nicolas, Zack-Ély, Lily-Rose, Mattéo, Romie, William, Étienne, Mégane, Olivia, Marcus, Romane, Raphaël et tous les autres,

Mina vous aime.

Mina