Dire au revoir à une personne pour une deuxième fois...

Le 8 décembre 2011 restera à jamais gravé dans ma mémoire. C’est en cette journée fatidique que mon cousin m’a appris, au souper, la mort de mon père par téléphone. Je me suis effondrée au sol, j’ai crié et tout est devenu noir autour de moi. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Heureusement, mon mari était à mes côtés afin de prendre soin de ma puce qui ne comprenait pas la douleur de sa mère.

Mon père a été retrouvé mort, seul, dans sa salle de bain, après une semaine. Je vous épargne les détails. Un ami s’est pointé à maintes reprises, sans succès. Il a décidé de défoncer. La police s’est présentée à minuit chez un cousin afin de l’informer. La police n’a pu communiquer avec moi, car j’ai fait changer mon nom de famille. Heureusement, car, sinon, c’est moi qui aurais eu cette visite soudaine.

J’ai décidé de couper les ponts en 2005 avec lui. Disons que je n’étais pas d’accord avec son passé et sa vie à ce moment. Nous n’avions pas les mêmes valeurs, et je le considère encore aujourd’hui comme une personne toxique. Par définition, une personne toxique est une personne qui nous empoisonne la vie, nous blesse et nous fait souffrir. Surtout, elle ne reconnaît pas ses torts et nous manipule émotionnellement. Quand j’étais jeune, ma mère allait me porter pour ma visite quotidienne chez lui, et je la rappelais en soirée pour qu’elle vienne me chercher. Car si je restais pour la soirée, je devenais le parent. C’est-à-dire que c’est moi qui ramassais ses bouteilles vides, le soignais, le mettais au lit où il ne pouvait se rendre seul, car il était trop ivre. Sans oublier que je devais supporter ses crises pour des riens.

Pendant l’adolescence, je n’étais plus capable de ses pleurs et de ses lamentations au téléphone pour de me voir. À chaque coup de fil, j’étais bouleversée. J’avais des sentiments de culpabilité, d’anxiété, de tristesse et de

frustration. Ce n’était pas normal ! En 2005, c’était terminé. Cela a été horrible et surtout difficile à gérer pour la jeune femme que j’étais. Moi qui espérais tellement que mon père arrête de consommer et qu’il reprenne sa vie en main. Bref, qu’il prenne ses responsabilités en tant que père. Mon père. Malheureusement, je fondais des espoirs sur ses fausses paroles. J’étais toujours confrontée aux mensonges incessants. Notre dernière conversation a été que trop brève et empreinte de paroles blessantes telles que notre relation n’aurait jamais fonctionné à cause de moi. Lui, il n’avait aucun tors. Une fois de plus.

C’est par ce genre de souvenir que j’ai essayé de me ressaisir, au moins pour ma fille et mon conjoint, en cette froide journée de décembre, quelques heures seulement après l’annonce de son décès. Je devais essayer d’y voir un peu plus clair pour enfin agir. Incapable. Après une, deux, trois tasses de café au coureur des bois avec la voisine, j’ai pu enfin dormir. Quelques courtes minutes. En me réveillant, malheureusement, je devais affronter la réalité et agir. Comment ? Je suis allée reconduire ma puce à la garderie et je me suis rendue au domicile de mon père en implorant le propriétaire de me laisser y entrer seule. Moi et mes larmes. En entrant, je me suis sentie comme une voleuse. J’étais dans sa demeure, avec les meubles de mon enfance, le lit de sa chambre recouvert de plastique, son dentier, son beurre d’arachide, son pot de confiture sur sa table avec son couteau sale. Il n’y était pas. Moi, oui. La salle de bain était d’un blanc pur. Ce qui contrastait avec le reste du logement. Après avoir visité chacune des pièces, touché, senti l’odeur de cigarette, j’ai dû faire un tri. Je n’ai que récupéré mes photos, trois chapeaux de cow-boy et un coffre que mon grand-père avait bâti de ses mains. Pour le reste, je ne pouvais rien prendre, car je savais que j’allais refuser la succession. J’ai fouillé dans le désordre de son automobile pour en ressortir avec son portefeuille que la police n’avait pas trouvée. J’ai quitté ce lieu, accompagné de mon mari qui ne savait pas s’il devait me parler ou me donner une gifle au visage pour que je retrouve mes esprits. J’étais déconnectée. Au bout du compte, seule sa présence a été ma source de réconfort à ma sortie de ces murs qui ne pourront malheureusement, jamais me décrire les derniers instants de ce père non présent dans ma vie. Cet homme qui ne saura jamais qu’il est grand-papa de la plus belle petite puce au monde et que son unique fille est maintenant mariée à un homme merveilleux.

J’ai fait mon ultime et dernier au revoir à mon père en janvier 2012.

Article rédigé par Véronique Goupil