Ce n'était pas un bon matin...

Non, ce n'était pas un bon matin.

Ni une bonne nuit d'ailleurs, ce qui a contribué au matin de bouette qu'on a eu, tsé. Un pas-de-nuit à aller constamment vous recoucher, ta soeur et toi. À me demander pourquoi tu ne voulais JUSTE pas dormir, parce que moi je suis fatiguée et au bout du rouleau.

Pourquoi vous ne vous reposiez pas, enfin, que moi je puisse fermer les yeux quelques heures afin de repartir la machine de plus belle le lendemain matin?

Ben non. J'ai perdu un peu patience. J'ai crié. Tu as pleuré. Je m'en suis voulue et je m'en veux encore.

Fatiguées, vous avez pris une éternité pour avaler votre déjeuner, alors qu'évidemment, ce matin-là, j'avais rendez-vous au garage et une réunion qui me stressait au plus haut point.

J'ai accroché mon mascara jusqu'au milieu de mon front, j'ai recommencé ta tresse trois fois parce que tu gigotais sans cesse et la déneigeuse bloquait le passage pour sortir de notre cour. 

J'ai perdu patience encore. Quand tu ne voulais pas t'habiller et que ta soeur prenait un temps fou à brosser ses dents, alors qu'en temps normal, elle fait ça justement beaucoup trop rapidement. 

Je m'en suis voulu. Et je m'en veux encore.

J'ai crié. Je n'aurais pas dû.

Je suis assise à mon bureau. Mon auto est bien au garage, toi à la garderie et ta grande soeur à l'école. Ma réunion stressante est passée et j'ai une boule dans l'estomac. J'ai envie de tout laisser tomber et de courir te chercher (bon, pas d'auto, mais c'est un détail, tsé que maman quand elle veut quelque chose, elle ferait un marathon ;)) pour te prendre dans mes bras et m'excuser. M'excuser d'avoir crié. M'excuser d'avoir perdu patience. Ce n'est pas de ta faute. Je sais qu'au fond tu voulais juste de l'attention. Un petit peu plus. Et que maman fait tout ce qu'elle peut pour être près de toi le plus souvent possible. Mais une maman monoparentale ça se divise comme ça peut mais ça fait juste de son mieux. 

J'aurais envie de te dire que c'est pour un temps. Maman travaille plus fort pour qu'un jour, on puisse ravoir une maison à nous. Que vous êtes et serez toujours ma priorité mais que tout ce stress, parfois, ça prend le dessus. Le dessus sur l'indulgence, la patience et la compréhension. Même si ça ne devrait pas. 

J'aurais envie de te raconter comment la vie, des fois, c'est pas toujours facile. Comment nos choix nous poussent à bout mais font aussi de nous de bien meilleures personnes.

J'aurais envie de te dire tout ça et tu sais quoi? Je vais te le dire.

Mais je vais finir ma journée. Je vais travailler fort parce que j'aime mon travail et que je suis chanceuse d'exercer un aussi beau métier. Je veux te montrer que c'est important dans la vie de choisir un travail dans lequel on se sent sur son X et qu'en travaillant fort, on peut y arriver. Je vais aller te chercher comme prévu à 16 h, parce que j'ai choisi de finir tôt dans la vie pour passer du temps avec vous. Tu es ma priorité et je ne veux pas seulement te le dire, mais te le faire sentir.

Je vais faire les devoirs avec ta grande soeur tout en te donnant une petite collation. Je vais regarder tes cheveux ébouriffés de notre « tresse en trois temps » disparue, en me disant que j'aurais donc dû pas te crier dessus.

Mais surtout.

Je vais te dire que je m'excuse en te regardant droit dans les yeux.

Je vais te dire que je t'aime tellement fort.

Je vais admettre que j'ai eu tort. Je veux que tu vois qu'on a le droit à l'erreur dans la vie tant qu'on en tire une leçon. Tu auras à ton tour l'occasion de le faire quand tu perdras pied. Parce que ça nous arrive tous.

Ce n'était pas un bon matin.

Mais je te promets que ce sera une bonne fin de journée et une belle soirée. 

Je t'aime ma Rose-Kiki xxxx

Article rédigé par Cynthia Côté