Accouchement en maison de naissance/maison: témoignage

Lorsque je suis tombée enceinte de mon premier bébé, je prévoyais déjà avoir recours au service des sages-femmes afin d'accoucher en maison de naissance. À l'époque, ma belle-soeur étudiait elle-même pour devenir sage-femme et m'avait beaucoup parlé de cette approche très humaine et très respectueuse de la naissance. Quelques mois auparavant, j'avais d'ailleurs assisté à son accouchement à domicile, accompagnant mon petit filleul de trois ans dans cette belle et grande aventure. La simplicité de cette expérience m'avait beaucoup touché et ça m'avait donné confiance en mon pouvoir d'accoucher par moi-même. 

Cependant, même en me mettant sur la liste d'attente depuis la cinquième semaine de grossesse, je n'ai pas eu de place... avant 28 semaines ! Lorsque j'ai reçu cet appel inespéré, j'ai sauté de joie. Personnellement, je n'avais vraiment pas envie d'accoucher à l'hôpital, surtout que l'obstétricienne qui me suivait alors ne faisait plus d'accouchements. J'avais envie d'avoir un suivi plus "intime", prendre le temps de parler avec la personne qui serait là quand mon bébé viendrait au monde. Prendre le temps d'établir un lien de confiance mutuel. Prendre le temps. Et surtout, pouvoir accoucher comme bon me semble, avec une ambiance très calme, très tamisée, sans interventions. Et c'est exactement ce que j'ai vécu !

Malgré un accouchement très long, je me sentais en sécurité, je me sentais accompagné, je faisais des sons, beaucoup de sons, et je me souviens avoir senti que l'univers entier participait à cette naissance. Mon conjoint, lui, était totalement présent, il a même vécu les heures de transe avec moi, perdant lui aussi toute notion de temps. La sage-femme venait sur la pointe des pieds écouter le cœur du bébé une fois par heure et m’a beaucoup soutenue lorsque j’avais besoin d’elle. L'ambiance était magnifique, accueillante, on nous a même servi un menu à la carte ! Lorsque ma petite Jnana est née, j'ai pu établir un contact très fort avec elle et c'est seulement deux heures plus tard qu'on a recousu ma déchirure. J'avais réussi à passer à travers cette tempête extrêmement intense (j’ai eu une petite hémorragie après l’accouchement, mais les sages-femmes ont su l’arrêter) et maintenant, je pouvais me reposer avec mon chum et mon bébé dans le grand lit triple où l’on a dormi 8h d'affiler, tous les trois !

Deux ans et demi plus tard, mon deuxième bébé arrivait. Celui-là prévu à la maison. Comme on était à la fin de mois de janvier, je me sentais beaucoup plus calme de ne pas avoir à sortir de chez moi. Le bébé était en retard de 10 jours et ma sage-femme était en congé. C’est donc sa coéquipière — que j’avais rencontrée deux fois auparavant — qui m’a m’accompagnée.

Dès son réveil, ma petite Jnana est partie avec une amie et j’ai pu me laisser aller complètement. Ce fut très long, 12h de travail actif. Tout s’est bien passé jusqu’à ce que je crève mes eaux, trois heures avant la naissance. C’était incroyablement intense, j’étais à bout, j’avais essayé toutes les positions possibles, ayant même enfilé l’écharpe porte-bébé autour des épaules de mon chum pour m’y pendre ! Mais malgré la douleur et l’épuisement, je n’ai pas remis le choix d’accoucher à domicile en question. J’étais là où j’étais et j’allais passer à travers. Les sages-femmes (une deuxième sage-femme arrive toujours quand la naissance est imminente) ont été très calmes, très patientes et mon chum me soutenait sans broncher. Pour lui, ce choix allait aussi de soi et le fait qu’il n’en doute pas l’a beaucoup aidé à me soutenir jusqu’à la fin sans laisser la peur prendre le dessus. Lorsqu’enfin le bébé est né – c’était une fille ! –, nous avons vécu un moment très intense, très intime. J’étais au beau milieu du salon, sur un matelas de futon, par terre, et j’étais bien. Je n’avais que quelques pas à faire pour me retrouver avec mon bébé dans mon lit.

J’ai adoré accoucher chez moi, me promener comme bon me semble, avoir de l'espace, me sentir maître de mon accouchement - mais soutenue ! -, n’ayant rien à demander à personne, me sentir dans mes affaires… je crois que ce simple fait m’a fait ressentir l’entière responsabilité de cette naissance. Quand Jnana est venue rencontrer sa petite sœur, une heure après la naissance, elle est venue nous rejoindre dans notre lit, les yeux pétillants, et a pris la petite Maïté sur elle. C’était magnifique ! Pendant ce temps, les sages-femmes ont fait le lavage, le ménage, ont préparé une collation et sont reparties, trois heures après la naissance. Nous étions chez nous, comme de routine, avec en plus, un beau bébé tout neuf dans les bras !

Aujourd’hui, j’attends un troisième bébé. Comme je demeure maintenant à 50 km d’un hôpital, je devrai fort probablement accoucher à la maison de naissance. Jnana est très heureuse de cette grossesse et assiste aux rendez-vous. À 4 ans, elle souhaite profondément assister à l’accouchement, peut-être dans la chambre qui l’a vu naître ?! Si tel reste son souhait, une amie en qui elle a confiance l’accompagnera. Je me sens à l’aise avec cette idée, puisque la petite rêve elle-même de devenir sage-femme !

Article rédigé par Christine Charlebois