Accouchement en maison de naissance - témoignage de Valérie

Déjà, lorsque j'étais toute petite, je rêvais d'être une maman. Plus tard, lorsqu'on me demandait ce que je voulais faire dans la vie, une fois sur deux je répondais que je voulais d'abord et avant-tout devenir une maman. Le reste me semblait secondaire...
 
J'ai toujours été plus attirée par les méthodes alternatives et je suis une adepte de tout ce qui est plus ''naturel''. Depuis longtemps, je savais que je voulais donner naissance naturellement... Après tout, les femmes donnent naissance à leur enfant depuis que le monde est monde ! Lorsqu'on y pense, c'est vraiment récent dans toute l'histoire de l'humanité cette hyper-médicalisation des naissances. Je savais déjà depuis longtemps que j'étais prête à tout pour avoir la chance d'accoucher le plus naturellement possible en faisait confiance à mon corps de femme et à mon bébé à naître. Je rêvais d'une future grossesse avec un suivi sage-femme et d'un accouchement en dehors des murs d'un centre hospitalier. Depuis longtemps, je lisais des livres qui traitaient de l'accueil des nouveaux-nés, de l'humanisation des naissances. À chaque fois que j'en apprenais plus sur ces sujets qui me passionnaient, j'étais encore plus persuadée de faire le bon choix... Ce choix correspondait à mes valeurs les plus profondes.  
 
Aux Fêtes de l'année 2008, après plusieurs années à partager ma vie avec mon amoureux, nous avons décidé de nous lancer dans la grande aventure... Nous voulions avoir un enfant. La chance était de notre côté car un mois plus tard, je faisais un test de grossesse positif. Quelle joie immense: mon plus grand rêve allait enfin se réaliser !
 
Le jour même de mon test de grossesse, j'ai téléphoné dans 3 maisons de naissance de la grande région de Montréal. Comme j'habitais la ville de Laval et qu'aucune maison de naissance ne couvrait directement ce territoire, je me suis retrouvée sur les listes d'attentes de ces 3 services de sages-femmes. J'étais un peu triste et surtout découragée à l'idée de ne pas avoir droit à ce type de suivi. Mais comme je n'avais pas le choix de commencer un suivi de grossesse ailleurs, j'ai fais appel à un médecin dans une clinique médicale près de chez moi.

Tout allait bien, ma grossesse se déroulait à merveille. Je me sentais si bien enceinte. Je vivais la plus belle aventure de ma vie ! Je m'étais faite à l'idée que j'allais devoir accoucher à l'hôpital (malheureusement...). Malgré tout, je me sentais toujours prête à vivre cela naturellement et j'avais dans ma tête tellement d'outils et de motivation pour réussir mon objectif ! 

À 16 semaines de grossesse, j'ai reçu un appel de l'une des 3 maisons de naissance que j'avais contacté plus tôt. Miracle ! Ils avaient une place pour moi et ce, même si je me trouvais ''hors-territoire'' puisque pour les jours aux alentours de ma date prévue d'accouchement, il y avait une place qui restait libre malgré les demandes des femmes du territoire couvert. Selon la secrétaire, j'étais vraiment une rare chanceuse ! J'ai donc demandé le transfère de mon dossier de grossesse (du médecin à la sage-femme) et j'ai laissé ma place à la clinique médicale pour une autre femme. Quel bonheur ! J'allais avoir la chance d'être suivie par une sage-femme comme je l'avais toujours souhaité !
 
Ma grossesse continua de se dérouler merveilleusement bien. C'est avec beaucoup de joie et d'excitation que j'attendais mes rendez-vous de suivi à la maison de naissance. Je me sentais si bien là-bas, dans ce lieu consacré à la grossesse et à l'accouchement. Avec la sage-femme on prenait toujours le temps qu'il fallait: elle s'informait sur mon bien-être, sur le bien-être de mon bébé, elle s'informait également sur ma vie en général, elle prenait le temps de répondre à toutes mes questions, elle me rassurait au besoin, elle me conseillait dans les choix à faire et les décisions à prendre vis-à-vis ma grossesse et l'accouchement à venir. De plus, un merveilleux lien de confiance s'installait entre elle, moi et mon conjoint.
 
Lorsque le grand jour est enfin arrivé, ma sage-femme était disponible via son télé-avertisseur. C'est tard le soir que je l'ai contacté pour l'aviser de ce début de travail. Après avoir commencé à perdre mes eaux et après avoir passé toute une soirée à sentir des contractions plus ou moins douloureuses mais de plus en plus régulières, elle m'a donné quelques directives téléphoniques et m'a conseillé d'essayer de me reposer. Au petit matin, alors qu'il faisait encore bien noir, je l'ai contacté de nouveau. J'avais peur d'accoucher dans la voiture puisque la maison de naissance se trouvait à plusieurs kilomètres de mon domicile. Alors elle nous a donné rendez-vous à la maison de naissance, un samedi matin à 5 h am. Ouf !
 
J'ai passé toute la journée de ce samedi d'octobre à vivre mon accouchement en compagnie de mon amoureux, de ma mère et de ma sage-femme. Les heures passaient et nous étions toujours installés dans l'une des 4 magnifiques chambres de la maison de naissance, toutes plus chaleureuses les unes des autres. Le travail évoluait, mais il était très lent. Plus la journée avançait, plus je me sentais épuisée... C'était également de plus en plus douloureux. Le temps avançait et j'étais toujours bombardée de contractions. On essayait toutes sortes de solutions : bains, ballon, points de pression, changement de positions, etc. À chaque examen que ma sage-femme me faisait, il restait toujours une petite bandelette de col qui refusait de s’effacer. J’aurais tellement eu envie que comme par magie mon bébé arrive dans mes bras.  Alors sous la pression de mon amoureux qui voulait tant que je parte pour l’hôpital pour que je puisse avoir accès à des interventions médicales pour soulager la douleur, je commençais à me demander ce que je voulais vraiment. J'ai donc décidé d’en parler avec ma sage-femme en lui demandant qu’elle m’explique ce qui se passerait dans l’éventualité où je quitterais la Maison de naissance pour l’hôpital. En toute objectivité elle m'a répondu franchement, me disant que cette décision m’appartenait et me rassurant cependant sur le fait que tout se déroulait sans danger même si je croyais que la douleur semblait vouloir me tuer. Elle m'a réellement aidé à me faire confiance.

J'ai donc décidé de rester à la maison de naissance malgré la douleur si intense et le manque d'énergie... C'était mon choix le plus cher et je voulais aller jusqu'au bout ! Après tout, j’avais mal depuis déjà si longtemps. Je pouvais sûrement en prendre encore un peu. 

Finalement, c’est le dimanche matin en même temps que le levé du soleil, après un peu plus de 36 heures de travail, 2 nuits blanches et presque 4 heures de poussées, que notre trésor est enfin arrivé dans ce monde. C’est assise sur le banc de naissance, enlacée par mon amoureux qui était assis sur le lit, que nous avons accueilli notre bébé alors que ma sage-femme l’a déposé dans mes bras. 

Nous sommes restés pendant 12 heures à la maison de naissance après l'accouchement. Nous avons eu de l'aide pour bien partir l'allaitement, on nous a cuisiné de bon repas, nous avons eu la chance de nous reposer tranquillement et de nous remettre de toutes ces émotions... Puis nous sommes retourné faire dodo chez nous, à la maison, le soir même avec notre petit bébé de 12 heures de vie ! 

Ensuite la sage-femme est venue nous visiter à domicile lorsque bébé avait 1, 3 et 5 jours. Puis nous sommes retourné à la maison de naissance à notre tour pour des suivis maman/bébé à 2 semaines et à 6 semaines post-accouchement. C'est à ce moment que l'aventure s'est terminé. Jusqu'à la prochaine fois ! :o) 

Je me considère vraiment chanceuse d'avoir eu l'occasion de vivre ma grossesse et mon accouchement comme je le souhaitais. Je sais que mon suivi sage-femme et que mon accouchement en maison de naissance y sont pour beaucoup. Est-ce que je voudrais refaire l'expérience ? Demain matin, sans aucun doute! D'ailleurs, je songe sérieusement à accoucher à la maison, dans le confort de mon propre domicile mais toujours avec l'aide d'une sage-femme, lorsque je serais enceinte de nouveau. J'ai si hâte et j'y pense très souvent ! 

Je souhaite sincèrement qu'un beau jour, toutes les femmes qui désirent vivre leur grossesse et leur accouchement de cette façon puissent avoir accès à de tels services.

Article rédigé par Valérie Turcotte